[Comic] Sukeban Turbo – Sisterhood

couverture sukeban turboComic de Sylvain Runberg et Victor Santos
Glénat (comic) 2017
Genre : policier/drame
144 p./17.95€

 ★½☆☆☆ 

Shelby Buckman, 17 ans, est à la tête d’un gang de filles qui sévit dans le quartier de Brocklyn, les Sukeban Tribe, et se livre à de petits trafics de drogue pour Jared, un caîd. Lorsque son passé familial resurgit, elle est confronté à ses choix et ses actes.

Tout ça pour ça

J’étais intriguée je dois bien le dire. Une couverture classe, une héroïne noire, une référence à l’un des aspects iconiques de la délinquance féminine japonaise, un comic, un one-shot. Que demande le peuple ? Une bonne histoire. Dommage, le peuple va être déçu.

Sukeban

Source ; Gaijin Rider

C’est en hommage à un film volé dans un vidéo-club quand elle était petite que Shelby, aujourd’hui adolescente, a appelé son groupe de filles en scooter les Sukeban Tribe, du nom de ces adolescentes japonaises qui terrorisaient les villes comme leurs alter ego masculins, les banchô, dans les années 70. Même s’il n’en reprend pas les codes vestimentaires, le gang n’en est pas moins violent, Shelby ayant une affection particulière pour les clubs de golf et le trafic de produits illicites.

Et à partir de là, on peut oublier le reste. Tout ce qu’on m’a promis dans cette BD, c’est du flan. Ce n’est pas parce que Sukeban Tribe est un gang de filles qu’on peu se vanter d’avoir créer un mix génial entre Akira et Girls. Akira c’est plus qu’une histoire de gangs et Girls c’est plus qu’une histoire de filles. Pas merci Glénat pour l’ascenseur émotionnel.

Des histoires de gamines paumées dans des familles dysfonctionnelles et sans rien pour se raccrocher aux branches, il y en a plein. Shelby n’en est qu’une parmi tant d’autres, sauf que pour elle, il n’y aura pas de rédemption ou de prise de conscience quand elle sentira le vent tourner. Elle aligne les mauvais choix et se radicalise dans la violence de façon très prévisible, simplement parce qu’on l’a vexée. Malgré un historique intéressant, son raisonnement basique « œil pour œil dent pour dent » la rend au mieux fade, au pire surestimée comme anti-héroïne. Même son petit regain d’humanité n’y change rien.

En plus, il y a trop d’intrigues surtout pour un titre qui tient en quatre chapitres. A l’histoire de Shelby se rajoutent les coups foireux de Jared, incarnation de la petite frappe arriviste à grande gueule, et de Sam, le chanteur à succès d’un boys band à midinettes dont on ne comprendra que trop tardivement pourquoi il est là. Assister à sa chute n’apporte pas grand chose à l’histoire même si lui touche à une criminalité différente de celle de Shelby. A contrario, les quatre autres filles du gang ne sont quasiment pas traitées. Au temps pour la sororité…

L’ambiance est sexiste au possible. Pour une histoire sensée parler de filles fortes dans un milieu difficile, le machisme n’est jamais très loin, entre réflexions grossières, blagues salaces et femmes-objet. Alors oui, la délinquance n’est pas un milieu d’enfants de chœur ou on se fait des politesses, mais vu les forces en présence, ça aurait clairement pu être traité autrement.

Tout n’est pas à jeter, les dessins sont plutôt cool et je ne parle pas des couvertures de chapitres, qui rendent très bien la dangerosité du groupe. La dernière partie du bouquin montre d’ailleurs toutes les recherches graphiques que Victor Santos a mis en plus pour rendre justice à ce Brocklyn glauque à souhait.

Mais pour le reste, je suis déçue par cette création originale, je n’ai pas le thriller promis, juste un drame de la société. A partir du moment où j’ai compris que les personnages n’évolueraient pas, j’ai laissé tomber. Shekby a la rage des ados de son âge, mais une rage brouillonne de petite fille que personne n’a réellement cadrée et qui ne m’a pas touchée. Sukeban Turbo ne m’a pas touchée.

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