[Roman jeunesse] Les grandes jambes

Couverture les Grandes jambesRoman jeunesse de Sophie Adriansen
Slalom 2016
112 p. / 10.90€ (papier), 7.99€ (numérique sans DRM)
A partir de 10 ans

 ★★☆☆☆ 

A douze ans, Marion est bien plus grande que ses camarades de collège, ce qui la complexe énormément, notamment dans sa vie sociale et amoureuse. L’art, en particulier l’école flamande, pourrait bien apporter une solution à ses ennuis.

La taille qui compte

Parmi tous les complexes dont peuvent souffrir les adolescentes, la taille est celui que je vois le moins revenir. Sans doute parce qu’il est communément admis que les filles doivent être plus petites que les garçons et qu’une fille trop grande n’est pas « normale » (sauf pour le mannequinat). Ah le sexisme et les diktats… Bref j’étais contente de la sortie d’un livre qui en parle ; même si moi je ne fais qu’un mètre 62, j’ai vu bien trop d’héroïnes être jugées à cause de leur stature…

Je ressors de ma lecture mitigée. Malgré les bonnes intentions de l’auteure, beaucoup de choses m’ont dérangées concernant Marion et le traitement fait de son complexe.

Déjà, Marion ne m’a pas été sympathique. Entre le fat-shamming de la vendeuse dès la première page du livre et son obsession pour les proportions idéales du corps, j’ai eu envie de la secouer malgré l’indulgence que ses 12 ans implique. La bref répit de normalité qu’un jean parfaitement à sa taille lui offre puis le désespoir quand elle le perd sont par contre parfaitement compréhensibles et bien rendus. Niveau ascendeur émotionnel, c’était pas mal. Les rapports avec ses autres camarades de collège, les sentiments qu’elle a envers Grégory sont eux aussi bien rendus, avec ce côté exagéré propre aux ados.

J’ai eu bien plus de mal à accrocher à la partie dédié à l’art, l’autre passe-temps de Marion. Par le biais d’un travail en classe d’art plastiques, puis d’une sortie scolaire à Amsterdam, Marion nous explique tout son amour pour l’école flamande, en particulier les œuvres de Rembrandt. C’est certes intéressant, mais j’ai eu du mal à lier ça à son complexe – un besoin d’évasion ? De distinction ? – et surtout, la narration donne l’impression que c’est l’auteur qui raconte ses souvenirs à travers son héroïne et non plus Marion qui s’exprime sous sa plume.

Une impression didactique encore renforcée par la visite d’un lieu particulier à Amsterdam, que je ne dévoilerai pas, car c’est une partie importante du livre. Peut-être trop importante. La symbolique de ce lieu est écrasante et le sentiment que les petits problèmes de Marion ne sont rien comparés à ce qui y a été vécu, logique. Mais je n’ai pas arrêté d’entendre « tu devrais avoir honte de ne pas finir ton assiette, alors que tant d’enfants en Afrique meurent de faim ». Je veux bien que Marion ait eu une révélation sur sa façon de voir les choses- plus d’une même – en visitant cet endroit mais quand même, c’est trop gros, et ça ne sonne pas sincère.

Au final, les Grandes jambes est un livre qui partait d’une bonne intention, mais n’est pas allé au bout de son propos. Si son voyage aux Pays-Bas lui a faire remettre en perspective son complexe, l’impression que Marion n’en a pas fini avec est assez présente malgré une évolution de son rapport à sa taille. Il ne manquait pourtant pas grand chose pour que j’ai envie d’y croire, d’autant que l’auteure confie avoir toujours été grande et que le besoin de normalité de la vie sociale dans l’enfer que peut être le collège est bien cerné. Dommage.

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