[Série télé] Marseille

marseilleSérie télévisée française créée par Dan Franck
Réalisée par Florent Siri
Avec Gérard Depardieu, Benoit Magimel…
Produit par Netflix 
2016
Une saison ; 8×55 min environs
Disponible sur Netflix et diffusée sur TF1

 ★★☆☆☆ 

Robert Taro, maire de Marseille depuis 20 ans, s’apprête à laisser sa place et a désigné son successeur, Lucas Barres, qu’il compte manipuler à distance. Mais le jeune homme a les dents longues et trahit son mentor. La prochaine élection municipale sera une guerre sans merci, sur fond de sexe, de mafia, de famille et de trahison.

Comment la bouillabaisse a tourné

A m’entendre râler après la médiocrité des films et séries télé français sur les réseaux sociaux, on pourrait croire que je fais du french-bashing. Bah non, il y a des choses en France que j’aime bien. Faut juste pas me demander quoi, je mettrai trop de temps à répondre.

Marseille, c’est sentir le potentiel génial d’un scénario, limite si tu ne peux pas le toucher du doigt… et BOUM ! Le pétard t’explose à la gueule comme Challenger dans le ciel. Je n’avais jamais vu ça, même en allant au cinéma.

Tout est surfait, à commencer par le jeu des acteurs. Seul Depardieu, de par son rôle d’homme établi en politique, expérimenté, mais lâche et vulnérable parfois, a l’air à l’aise, à sa place. Pour tous les autres, c’est assez surjoué pour me rappeler Plus belle la vie ou toutes les sagas dont TF1 gave son audience au retour de l’été. Stéphane Caillard, qui interprète Julia, la fille de Taro, est juste insupportable dans son rôle de petite fille riche et trop rebelle de la vie t’as vu. Benoit Magimel aura certainement besoin de BoTox pour combler toutes les rides qu’il s’est fait sur le tournage en fronçant les yeux en permanence pour se donner un air de méchant. Sans compter son accent perdu entre un Parigot qui imite un Marseillais et Sarkozy mangeant des patates chaudes…

Quand au scénario… La partie politique autour de la course à la mairie est très crédible, et prenante. Observer Taro et Barres se tirer dans les pattes et user de leur influence sur leur entourage est après tout le propos de Marseille. Mais tout ce qui gravite autour, même s’il se peut que cela existe en vrai, la mafia, les trafics, sans compter les vies privées… L’alchimie ne se fait pas, il manque le liant, ce qui fait que tout est extrêmement prévisible, parfois avec des épisodes d’avance. La série traîne aussi son lot de clichés, notamment appliqué aux jeunes des quartiers Nord ; tous les personnages qui en sortent trimbalent leurs stéréotypes comme une maladie contagieuse qu’ils refileraient à leurs voisins, contaminant toute la série en approximations hallucinantes.

Le traitement fait aux femmes laisse aussi à désirer. Si on devait désigner l’émission la plus sexiste du P.A.F., Marseille serait bien placée. Entre les remarques sur les tenues et coiffures portées par les femmes qui gravitent autour des politiciens, les blagues et les dialogues dignes du gros lourd de la rue et les scènes de sexe mal amenées et creepy, même en mettant mon féminisme en veille forcée – parce que les affaires d’agressions sexuelles dans ce milieu sont bien réelles – j’ai été plus mal à l’aise qu’excitée en les regardant. Si vous voulez voir l’ampleur des dégâts, le Tumblr Marseille la Série vous éclairera. Je ne suis pas responsable si vos yeux saignent.

Sur un plan psychologique, elles subissent plus qu’elles n’accompagnent la vie politique des hommes de Marseille. Celles qui savent louvoyer parmi les crocodiles se comportent finalement comme eux, et les autres finissent par être trahies, et passent leur temps à pleurer sur tout ce qu’elles perdent à évoluer dans ce milieu. Au final, ni les hommes ni les femmes ne sortent grandi de cette histoire.

Quand on sait que c’est Netflix qui tient les cordons de la bourse, on ne peut que s’étonner d’un résultat aussi mou et raté. Comme je l’ai dit, le scénario de Dan Franck n’est pas totalement à jeter mais on sent qu’il n’y a pas eu de communication avec le réalisateur Florent Siri. La preuve, Franck n’est même pas le showrunner comme il l’explique dans cette interview. Une différence de traitement par rapport aux séries américaines dont Marseille paie le prix. Alors qu’elle avait les ambitions de House of Cards – elle est d’ailleurs vendue comme telle – elle fait plus dans la provoc’ consensuelle, histoire de coller des frissons à l’audience de TF1 qui a acheté la série; sans la choquer et se la mettre à dos..

Marseille fera parti de ces séries fascinantes, tant dans le fond que dans la forme. Parce que ces huit épisodes suintent le gâchis par tous les pores. Dans l’imaginaire collectif, et sans doute dans la réalité, la ville de Marseille est à part, et cette série ne lui rend pas vraiment justice. Pourtant, je pense que la série fonctionnera, même si je n’ose envisager une saison 2.

Si vous voulez tout de même tenter l’aventure, je vous propose le jeu à boire de la série, fait avec mes petites mimines et du pastaga !

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