Angoulême lointain

Quand j’ai connu le festival d’Angoulême, j’étais au lycée, et je rêvais d’y aller. Ca avait l’air intéressant, prestigieux et on s’y éclatait – en tout cas c’est l’impression que ça rendait à la télé. Et des BD, j’en lisais plein. Surtout des mangas.

Puis j’ai fat ma fac à Limoges. Un jour, un pote a dit « allez on prend le train, et on va à Angoulème, au festival de la BD ». J’étais pas bien riche mais  j’ai dit OK. C’était mon premier festival consacré au livre. Un vrai, payant, avec des tentes partout, des gens qui achètent des vieux albums de Tintin à coups de billets de 500 francs (chut) et une ville qui n’attend que ça pour s’éclater.

C’était aussi la première année que le festival faisait de la place au manga. Faut dire qu’à l’époque, les gens avaient râlé. On était en 2000, le Club Dorothée avait posé les fondations, puis Tonkam et Animeland. Pleins d’éditeurs avaient suivi, avec des auteurs de renom à leurs catalogues. N’en déplaisait à Familles de France et aux irréductibles de la ligne claire, le manga était là et allait rester longtemps.

Mais ça, fallait croire que les jurés s’en moquaient. Histoire de faire taire les rageux, ils ont bien sélectionnés des mangas pour les prix des années suivantes… Détective Conan tome 42, Death note tome 7… ça sentait bon le ridicule quand même…

Je ne suis plus retournée à Angoulème. Je me sers des sélections pour faire mes achats de BD au boulot, et encore pas trop. De l’aveu même de personnes plus calées que moi en la matière, les titres franco-belges sont parfois vraiment trop… loin du public.

Depuis que je connais ce festival, il est en « crise », et elle est souvent identitaire. Celle qui le secoue aujourd’hui – l’absence de femmes dans la sélection du Grand Prix, supposée récompenser l’ensemble de l’oeuvre d’un artiste – en est une nouvelle et pas des moindres. Si je n’ai pas d’avis tranché sur la question de la légitimité ou de la parité, je m’étonne qu’après tant de temps, un événement supposé refléter différents aspects d’un art n’ait pas appris de ses erreurs passées et continue, inlassablement de se prendre les pieds dans le tapis.

En fait, et c’est triste à dire, mais le festival d’Angoulême a été le premier événement à me faire comprendre que les jurés d’un prix ne sont pas toujours en phase avec le monde qui les entoure et ses évolutions. Ces mêmes jurés qui évoluent dans un univers qu’ils sont supposés apprécier à sa juste valeur, se détachent de lui, agissant de façon obscure et parfois méprisante à l’égard de ceux qui les respectent.

Qu’il s’agisse de femmes ou d’amateurs de mangas.

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