[Beuglante] La passion et la raison

Il y a quelques heures, l’organisation du Salon du livre jeunesse de Montreuil a posté un communiqué indiquant qu’il ne serait pas possible d’emporter ses livres à dédicacer cette année, sécurité oblige.

Je l’avais vu venir – la moitié des vigiles de Paris doit mieux connaitre mon sac à main que moi – et je m’étais déjà préparée en ce sens. Cette année, Montreuil sera léger comme mon petit coeur à chaque fois qu j’y vais. Je suis déjà contente que ça se fasse.

Certains blogueurs râleraient – le Français râle toujours. Montreuil et Paris constituent des grand-messes, LE moment où tu peux voir, toucher, renifler ton auteur préféré et lui demander un gentil gribouillis. Mais bon, vu le contexte, s’adapter et se montrer compréhensif, c’est normal.

Quand je vois que des lecteurs s’énervent de ne pas pouvoir se trimbaler une valise de bouquins – voire une valise tout court – dans les allées teintées d’un plan Vigipirate écarlate, je me demande si la lecture a vraiment du bon, au final. Avoir beaucoup de livres ne semble pas rendre le passionné très sensible à la réalité du moment.

Des gens sont morts. Pas par accident.

Et d’autres gens aimeraient que ça ne se reproduise pas dans un lieu de festivités.

Ces gens demandent donc d’arriver léger. Pour faciliter les entrées, la fouille, les déplacements, pour ne pas vous suspecter d’être un énième terroriste au pays des lecteurs heureux.

Logique, prudence, précaution.

Certains n’auront pas oublié que le Salon du livre de Paris a déjà  été évacué à cause d’une alerte à la bombe. La sécurité se moquait bien de savoir que vous, lecteur passionné, étiez à deux doigts d’avoir la dédicace de votre auteur préféré. Ce qui lui importait était de vous savoir à l’abri, au cas où un connard aurait été  juste assez étroit d’esprit pour faire péter une ceinture d’explosifs ou vous arroser à coup de semi-automatique.

Montreuil se moque du bénéfice financier qu’il fera si vous deviez acheter un livre en double pour une dédicace. Montreuil ne touche rien sur la vente des livres. Loi Lang.

Montreuil doit même se demander si tout les éditeurs et lecteurs viendront. Le courage, l’envie de vivre et de ne rien changer à ses habitudes n’empêchent pas d’avoir peur ou au moins d’être échaudé.

Et vous, lecteurs, dans votre hâte de courir chasser la dédi, serez les premiers à vous plaindre de la lenteur des fouilles si d’aventure, une brochette d’entre vous, refusant de vous adapter ou d’avoir un peu de plomb dans la cervelle, arrivez la bouche en coeur avec votre Billy sur le dos.

Et que diront les auteurs qui, tout courageux et gentils qu’ils soient, auraient bien envie de SE sentir en sécurité, de VOUS sentir en sécurité ? Sans parler des organisateurs, qui se rongeront les ongles jusqu’au coude avec le palpitant à 200 et des envies de pleurer en vous voyant défier leur envie de vous voir repartir en vie et entier, au nom de votre toute-puissante passion ?

Prier pour Paris c’est bien.

Penser c’est mieux.

Vous avez intérêt à penser.

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