[Une photo, quelques mots] #1 Mentale

Et donc voici ma première participation à l’atelier d’écriture de Bric à Book. Une photo, quelques mots. Le principe : écrire un texte à partir d’une photo. Pas de genre ou de style imposé, l’important c’est d’écrire.

Pour ma première, j’avoue que l’inspiration a tardé, je ne suis pas sûre de mon coup, mais bon, c’est dans ma tête et ça dot en sortir :D. Let’s write baby !

Mentale

J’entends leurs voix.

Le bruit agressif du sub-express avalant les rails du tunnel n’y change rien. Dans la rame à moitié pleine, je les entends. Tous sans exception.

Ce n’est pas très difficile. Mon allure les fait jaser sans même qu’ils n’ouvrent la bouche. Leurs regards en coin, leurs airs indignés qu’ils tentent de cacher derrière l’attitude blasée du voyageur citadin. Ils se tiennent à distance, pour éviter une éventuelle contamination sans savoir qu’il est déjà trop tard.

Les yeux fermés, je savoure l’instant où le métro devient un tapis volant. Je n’ai qu’à saisir les bords et m’accrocher pour entrer dans l’esprit de mes compagnons de route. Leur sentiment de supériorité vis à vis de moi m’ouvre les portes en grand.

Comme je m’y attendais, la plupart désapprouvent ma présence dans leurs espaces personnels. Une femme nie même mon existence en récitant comme un mantra le slogan de la marque onéreuse de cosmétiques qui recouvre son visage. J’ai toutes les peines du monde à ne pas rire.

Un petit garçon me dévisage longuement, incertain de l’attitude à tenir, puis son fil d’idées dérive sur tout autre chose, au point qu’il oublie m’avoir vue. Étonnant. A croire que ses parents n’ont pas eu le temps de lui expliquer combien la vision d’une femme telle que moi est choquante à notre époque.

Je poursuis mes investigations, découvrant les petits secrets inavouables de cette bande d’inconnus. Elle le trompe. ils ont volé dans la caisse de l’usine, ces deux-là battent leurs parents. La méchanceté occupe la plupart de ces subconscients. Je ne trouve que bien peu de pensées positives, à part dans le ventre arrondi de cette femme au fond de la rame, où de ce couple enlacé et hermétique au monde extérieur. Je ne serai pas blindée contre ça, je dirai que l’humanité est bien pourrie. La femme trop maquillée me regarde, imaginant par quel miracle elle pourrait faire disparaître cette horreur qui balafre mon visage.

Je l’admets, j’ai un peu forcé le trait. Ma cicatrice n’est pas si affreuse habituellement. Mais avec ce genre de personnes, plus c’est gros, plus ça passe. Les gens n’aiment pas être confrontés à ce qui leur remue l’estomac. Ils ne sont plus sur leurs gardes et laissent apparaître leurs véritables pensées. Je n’ai plus qu’à m’y infiltrer. Je pioche dans la mémoire, ID, mots de passe, images compromettantes.

La reconstruction faciale ? Je peux me l’offrir depuis longtemps. Monnayer les souvenirs volés rapporte bien. Je pourrais faire partir entièrement la blessure. Mais c’est une marque que je tiens à conserver, en attendant de retrouver celle qui me l’a faite. Certains de mes rares amis trouvent choquant que j’en joue, mais je préfère ça à me terrer dans un coin pour faire plaisir au reste du monde.

Le sub s’arrête avec son chuintement caractéristique. Les gens montent et descendent. L’esprit de la femme trop maquillée s’éloigne à peine. Elle est passée dans la rame suivante en me laissant ses codes bancaires. Elle a du simplement voir ma soudaine fatigue, mes traits tirés, mon âge véritable sous le foulard. C’était sans doute trop pour elle.

Hacker l’esprit me fatigue plus qu’avant. Je dois me dépêcher si je veux la retrouver…

***

Bon, ben voila, je tente le coup 🙂 Faites-moi savoir ce que vous en pensez et participez à l’atelier si le coeur vous en dit.

A la semaine prochaine !

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