Anno Dracula. Tome 1 : 1888

Couverture de Anno DraculaRoman fantastique de Kim Newman

Bragelonne 2012

472 p. / 23 € (papier), 9.99 € (ebook sans DRM)

 ★★★★☆ 

« Vlad Tepes ne s’était pas soucié des implications de son accession au pouvoir. Comme Alexandre, il s’était contenté de trancher le nœud gordien et avait laissé les liens coupés retomber au hasard. » Chapitre 49

Chronique des temps sanglants

Avec Anno Dracula, j’ai définitivement acquis mon statut de vampire. En effet, je l’ai en partie lu une perfusion dans la main et une poche pleine de sang au dessus de mon lit d’hôpital. Ce détail mis à part, Anno Dracula est surtout l’une des meilleures suites à l’oeuvre culte de Bram Stoker.

Grâce à son mariage avec la reine Victoria, Vlad Tepes règne sur l’Angleterre par la terreur et le pal, et les vampires se font de plus en plus présents, tant dans la haute société que dans les bas-fonds de l’Est End. L’histoire débute alors que Charles Beauregard, membre du mystérieux et influent Diogene’s club, doit enquêter sur les meurtres de femmes-vampires perpétrés par Scalpel d’Argent. Toutes étaient des prostituées vivant à Whitechapel, l’un des quartiers les plus mal famé de Londres.

Il n’est pas le seul sur l’enquête : Geneviève Dieudonné, l’inspecteur Lestrade de Scotland Yard, Lord Arthur Holmwood Goldaming, Jack Seward, s’intéressent également au tueur, chacun pour des raisons différentes. En toile de fond, une guerre larvée entre humains et vampires, les intrigues du pouvoir et de la mafia chinoise, et le déclin de l’Angleterre dirigée par un vampire figé au XVe siècle.

Certains noms vous disent quelque chose ? Normal. En plus des protagonistes de Dracula, l’auteur a invité d’autres personnages, fictifs (le docteur Jekill) ou bien réels (Oscar Wilde). Et ils sont très nombreux à s’inviter dans cette réécriture de la petite et la grande histoire de l’Angleterre.

Mais les personnages les plus intéressants restent Charles Beauregard et celle qui deviendra sa partenaire dans l’enquête sur le tueur de Whitechapel, Geneviève Dieudonné. Lui est l’exécuteur des missions délicates du Diogene’s Club, un homme fort et intelligent, mais aussi empêtré dans sa relation avec Pénélope, son insupportable fiancée et le passé qu’ils ont en commun. Elle est une Ancienne, appartenant à une lignée pure de vampires. Elle aide le docteur Seward en soignant les miséreux au coeur de Whitechapel. Et je le dis haut et fort, avec son caractère affirmé, son respect des convenances et des humains, son ambiguïté toute vampirique et son sens du combat, cette femme est l’une des héroïnes les plus charismatiquement badass que j’ai jamais vu. Ouais, rien que ça.

La race vampire est également intéressante à observer. Son organisation sociale se calquant sur celle des humains, il y a des buveurs de sang aussi bien dans la haute société que dans la rue. Ils occupent tous les corps de métier et leur mode de vie est parfaitement décrite, de la création d’un Ressuscité à sa mort en passant par les pouvoirs qu’il pourrait détenir, taclant au passage quelques idées reçues. Certains vampires, au destin tragique, révèle au lecteur les dérives liées à la transformation à outrance, et fait un parallèle très adroit et dérangeant sur l’inégalités des classes.

J’ai adoré l’écriture de Newman qui décrit les faits sans fioritures et avec une précision toute journalistique. Il rend avec exactitude les sentiments de chacun, l’ambiance des lieux, la tension des événements, L’auteur tisse autour de ses protagonistes humains ou vampires une toile à la fois simple et complexe d’intrigues et d’enquêtes,  parvenant à vous rendre plus acceptables des personnages que vous détestiez au début, et inversement.

Le livre fourmille de références à des événements ou à des personnes reliés à cette époque, qu’ils soient réels ou imaginaires. C’est juste du bonheur de les reconnaître et de les trouver. Au cas où vous seriez perdu, un important glossaire vous aidera à resituer un élément dans son contexte. Il fait bien une cinquantaine de pages à lui tout seule et témoigne non seulement du travail de recherche de l’auteur, mais aussi de son envie de créer un univers aussi fantastique que possible.

Anno Dracula vous donnera une vision édifiante de ce qui se passerait si un vampire était aux commandes de la nation. Un choc des cultures, annonciateur de tensions, de peur et de mort que rien ne semble pouvoir arrêter. Je pourrais en parler encore longtemps, tant le livre est dense et prenant. Je préfère résumer en disant : lisez-le. Il changera votre vision des vampires pour longtemps.

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