Accords imparfaits

Couverture Accords Imparfaitsromance de Rose Darcy

Editions Artalys 2013

200 p. / 14.90 € (papier). 4.99 € (numérique sans DRM)

 ½☆☆☆☆ 

Ils sont huit colocataires dans une grande maison. Parmi eux, Derrick, loup solitaire refusant toute attache, et Laura, la bout-en-train du groupe. Entre les deux, c’est la guerre. Mais pas que.

Je t’aime moi non plus à la guimauve

Deux choses m’ont poussée à me pencher sur ce roman. Premièrement, le fait que le directeur d’Artalys poste des statuts Facebook prônant un emploi plus que correct de la langue française, et un retour à la bonne littérature. Et l’auteur, Rose Darcy, aka Cœur de libraire pour la blogosphère. Comme le Darcy d’Orgueils et préjugés ? Si oui, avec une parenté pareille, je ne pouvais m’attendre qu’à du bon.

Je ne vais pas tourner autour du pot. Je n’ai pas aimé. Du tout. Je suis très bon public pour ce qui est de la romance, mais j’ai mes limites, que Accords imparfaits s’emploie à allègrement dépasser avec sa mièvrerie et ses incohérences.

Ça commence avec les personnages principaux. Si Laura est bien la jeune femme joyeuse et souriante qu’on nous décrit, je n’ai pas cru une seule seconde au côté distant et peu désireux de s’attacher que l’auteur donne à Derrick. Dès l’instant où il voit Laura, on comprend bien que Thor lui a abattu son marteau chargé à 200.000 volts sur le crâne et qu’il est raide amoureux, puisque malgré l’affront fait à son nom, il veut la câliner, la chouchouter, la serrer fort contre son cœur. Et on n’a pas passé la page 5 ! Je m’attendais plus ou moins à ce qu’il la demande en mariage, un genou à terre et une rose entre les dents trois pages plus loin.

Et pourtant ils ne sont pas amis, l’auteur insiste lourdement là-dessus. Ils se disputent sans arrêt et se font des crasses – remplacer le shampoing par de la teinture verte, mettre des sous-vêtements rouges dans la machine de blanc… Quand ils ne se chamaillent pas, ils agissent au mieux comme des amis complices, sinon… comme un couple. Ils se confient leurs blessures secrètes, dorment ensemble mais non, ils ne sont PAS ENSEMBLE ! Et le fait qu’ils nient une situation devenue une évidence après à peine deux chapitres est pénible, surtout qu’on n’aura droit qu’à ça pendant tout le reste du roman. Chaque chapitre, presque chaque page, on nous rappelle qu’ils ne s’entendent pas, alors qu’ils prouvent le contraire et oublient qu’ils parviennent aux mêmes conclusions que moi. Sauf que je l’ai fait plus vite.

Shrek et Fiona

Un beau couple

Je ne me suis pas identifiée ni attachée aux personnages. Ils manquent d’épaisseur, tant psychologiquement que physiquement parlant. Et ce n’est pas leurs fiches d’identité au début du livre qui arrangent les choses ; ça ne remplacera jamais une bonne présentation pour nous rendre les personnages plus réels. Je ne peux pas passer un roman entier avec des gens dont je ne sais rien à part le signe astrologique et les qualités qu’ils disent avoir. Ça ne fait pas vivre un personnage, ça n’en donne même pas une photo. On ne connait d’eux que leur caractère à peine esquissé et leur passé. On ne sait pas quelles études fait Laura et le métier de Derrick arrive très tard. Niveau physique, c’est le néant ! On sait qu’elle est rousse aux yeux verts et que lui a les yeux bleus. À part ça, rien. Ils ressembleraient à Shrek et Fiona que je ne le saurais pas.

Et le problème des descriptions ne s’arrête pas là. Il affecte autant les personnages secondaires que la localisation dans l’espace et le temps. On ne connait que le prénom des six autres habitants, pas leurs activités ni le motif de leur présence ici (à part payer un loyer modique). D’ailleurs ils finissent tous par partir, y compris le propriétaire de la maison ! Et le must, on apprend aux deux-tiers du roman que Laura a une meilleure amie… dont on n’a jamais entendu parler, à part il me semble à une occasion durant laquelle son nom est mentionné sans qu’on sache de qui il s’agit. Comment croire à une relation forte si on n’en a jamais entendu parler en ce qui représente 4 ans de la vie de Laura? Non, elle ne sert que de prétexte à une nouvelle scène avec Derrick, comme tous les autres personnages, d’ailleurs.

La maison semble être à géométrie variable, s’adaptant au besoin du moment ou des deus ex,  et fait amusant, à la fin [SPOILERS] (mettez le texte en surbrillance), Derrick l’achète. Avec quel argent ? Une maison qui peut accueillir 8 personnes ne coûte pas 3,51€, et il vient de commencer à travailler comme pompier. S’il était aisé, il aurait peut-être fallu le mentionner avant pour qu’on y croie.  [FIN] Là, ça ne fait que s’ajouter à la liste des facilités scénaristiques qui ne servent aucun autre but qu’un happy end parfait auquel on n’arrive pas à croire d’ailleurs, à cause de tous ces petits détails.

L’auteur nous annonce d’un seul coup qu’une heure ou six mois se sont passés, sans qu’on ne comprenne d’où sort cette ellipse temporelle. Au bout d’un moment, je me suis souvenue que l’action s’étirait sur quatre ans, selon le résumé. Honnêtement, ça ne se sent pas : Derrick et Laura restent des gamins butés, qui ne me feront jamais croire qu’ils ont dépassé les 25 ans à la fin de l’histoire. Il n’y a rien en dehors des scènes entre Laura et Derrick, et on est censés suivre ça comme ça, sans se poser de questions. La vérité, c’est qu’on est laissés à la traîne, et c’est tout.

La narration brouillonne n’est qu’une succession de mises en situation : L et D à la plage, L et D vont en boite, L et D se font une soirée télé… Les mises en scènes et les conséquences qu’elles pourraient engendrer ne sont au mieux pas exploitées, ou se terminent trop brusquement pour susciter l’intérêt. Tout se concentre sur eux et le monde extérieur est si inexistant que j’ai eu l’impression de suffoquer.  D’accord, le roman est leur histoire, mais la Terre ne s’arrête pas de tourner durant 4 ans, ils ne sont pas dans une bulle. Il n’y a pas d’autre mot:c’est étouffant. Surtout que, comme évoqué précédemment, les seules fois où d’autres personnages sont présents, cela ne sert qu’à créer une nouvelle scène 100% Laura/Derrick.

Mais le point qui m’a le plus agacée est l’intervention quasi constante de l’auteure dans le récit. Soit par une note en début de chapitre, soit dans le subconscient des personnages. Exemple au chapitre 5 :

Note de l’auteur : la scène suivante se passe dans le salon puis la salle de bains. L’auteur précise à ses lecteurs curieux que la baignoire ici mise en scène est vide. Ben oui, des personnages trempés, ça le fait moyennement quand même ! Enfin, l’auteur laisse aux soins de la lectrice avisée (ou du lecteur) d’imaginer de l’eau ruisselant sur le torse nu de Derrick… *soupirs*

Pourquoi, par le dieu des auteurs, ne pas avoir inséré cette précision dans le texte ! Une ou deux lignes de description et on en parle plus ! Et je n’ai pas besoin qu’on me tienne la main pour savoir quand je dois baver (ou pas) sur Derrick. Il serait plus utile de nous faire comprendre pourquoi il est séduisant que de se contenter de nous le dire et qu’on doive le prendre pour argent comptant.

L’autre méthode donc, c’est parler au subconscient du personnage, en incarnant sa petite voix, sa conscience. Au début, j’ai cru à une double personnalité tant ça revenait souvent, mais non, Laura ou Derrick se parlent à eux-mêmes et cette voix, que je soupçonne fort d’être celle de Rose Darcy, leur répond, souvent pour se moquer de leurs états d’âmes d’ailleurs. Ça ne fait qu’accentuer le fait qu’ils gambergent, se torturent l’esprit à longueur de temps et c’est juste horripilant.

Ces deux méthodes relèvent de l’écriture de fanfictions, où elles servent de ressort comique. Je ne m’attendais donc pas à les retrouver dans un roman.

Si j’ajoute les soucis de concordance des temps, de fautes d’accords (notamment du verbe avoir), d’erreur de syntaxe et de mots pris pour d’autres (Derrick « craignant pour sa pudeur » est toujours sujet à débat), les descriptions un peu plus longues mais toujours peu détaillées sur la toute fin du texte, les dialogues manquant de rythme et souvent surréalistes, les titres de chapitres qui font référence à des livres plus ou moins connus (Raisons et sentiments, Ce qui nous lie, En rage de toi… ) vous saurez pourquoi j’ai levé les yeux au ciel toutes les deux minutes en hurlant. Même la couverture m’énerve, tant elle ne correspond pas à l’image des héros.

A mon sens, ce livre n’a pas bénéficié de toute l’attention éditoriale qui lui était due, tant au niveau de la relecture que des corrections. Il y a des idées et certaines scènes sont touchantes (le retour de Derrick d’une intervention qui tourne mal par exemple), mais ça ne sauve pas l’ensemble.

Concrètement, je n’arrive pas à savoir à qui s’adresse Accords imparfaits. Derrick et Laura se comportent comme des ados de 12-14 ans et les situations sont si clichés qu’elles tiennent plus d’une bluette young adult assez sage. Tout l’enjeu – voir la relation évoluer – se perd dans une guimauve de bons sentiments qui ensevelit le peu de bonnes idées et de ressorts dramatiques.

A propos de l’ebook : Laura ayant l’habitude de laisser des Post-it partout à l’attention de Derrick, l’éditeur les a intégrés à chaque début de chapitre. Sauf qu’à la différence du texte, ils ne s’agrandissent pas quand on change la taille de la police (je lis en XL sur ma liseuse). J’ai donc du les relire sur mon ordinateur. Et je ne suis pas convaincue que mettre le chapitrage en fin de fichier soit une bonne idée.

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