[Beuglante] Ces maisons d’éditions qui poussent comme des champignons

Aujourd’hui une nouvelle maison d’édition est née. Encore.

Je dis « encore » parce que depuis trois ans que je tiens ce blog, j’ai du en voir arriver une bonne quinzaine, de tous genres confondus. Je dois pouvoir en citer moins de dix qui existent encore et peut-être cinq qui sont sorties du lot. Et encore, ce n’est pas sûr.

Ne me demandez pas de noms, malheureux ! À l’heure où citer un jeune auteur/éditeur revient à voir arriver des torches et des fourches devant son paillasson numérique, je m’épargnerai ce léger inconvénient lié à la liberté d’expression. La blogosphère est un animal susceptible et capricieux.

Publiera ? Publiera pas ?

Publiera ? Publiera pas ?

Donc, d’après ce que j’ai pu constater, les maisons sont souvent créées par des auteurs. Oui oui, ces mêmes personnes qui parfois, estiment que les blogueurs n’ont pas légitimité à écrire une chronique négative de leur livre parce qu’ils n’ont pas fait les études pour/n’ont pas « le bagage intellectuel suffisant » pour comprendre leur œuvre, décident de s’aventurer dans un métier pour lequel il existe un cursus universitaire établi, et carrément difficile tant les places sont chères. Un peu paradoxal.

Evidemment se pose la question de la motivation à avoir une maison. Souvent la raison est la même : le rejet de son livre-bébé-chou-que-l’auteur-a-mis-des-mois-et-ses-tripes-à-pondre. Passé la crise de larmes et les « je suis l’auteur le plus malheureux du monde », deux réactions se distinguent :

  • fonder sa maison parce qu’il y a un manque dans le paysage littéraire ; j’entends par là que l’auteur a déjà été édité, souvent par une grande maison, mais que celle-ci estime que le travail fourni va à la longue sortir de son cadre éditorial même s’il y a une attente forte du lecteur. L’auteur, plus enclin à prendre des risques qu’une structure déjà établie, va donc tenter de combler le vide. Conséquence possible : il prend moins souvent la plume et quand il le fait, le résultat est généralement confié à un autre éditeur du même secteur, ou alors il renonce à ses droits s’il s’édite chez lui, ce qui évite les amalgames étranges.
  • fonder sa maison dans un but promotionnel ; aussi appelé auto édition (non ami blogueur ne fuis pas !). L’auteur n’a pas passé la phase « artiste incompris » et pour prouver son talent au monde qui l’a rejeté comme le génie qu’il est (ou pas), crée sa propre structure. Le retour de flamme se fait quand une personne comme… ben moi, se demande si on peut être à la fois écrivain, métier qui ne connait pas d’heure quand vient l’inspiration, par principe aléatoire quant à la satisfaction des fans et futurs lecteurs et dont le résultat est payé en retour à la fin de l’année en droit d’auteur (ou pas), et éditeur, avec ses contraintes comptables et administratives rigoureuses, l’accompagnement dû à l’auteur dans son travail, et par principe aléatoire quant à la satisfaction des… enfin vous avez compris. Et je ne parle même pas du talent supposé de l’individu.

Je schématise, j’en ai conscience. Il y a toute une foule de cas particuliers comme les éditeurs exclusivement numériques et dont la démarche est donc liée non seulement à la reconnaissance d’un talent ou d’un genre, mais aussi à celle d’un support. D’autres éditeurs se spécialisent dans une niche littéraire et se tiennent à leur ligne, pour un résultat qui reste lisible dans le temps, même si ça ne paie pas toujours financièrement.

Mais dans l’ensemble je me demande pourquoi créer une chose qui fera doublon avec ce qui existe déjà, comme dans le cas qui m’inspire ce billet. Les nouvelles maisons ratissent large dans leurs demandes de soumissions, pour des genres que des petits et grands éditeurs ont d’ores et déjà contribué à (re)lancer, et sur des secteurs devenus tellement concurrentiels (la science fiction-fantastique-fantasy pour n’en citer qu’un) que je me demande comment les attachés de presse et leurs auteurs n’en viennent pas à s’agresser à coups de machettes dans les jungles que sont les salons du livre.

« La chance sourit aux audacieux », dit le proverbe. J’ajouterai que rien n’interdit d’être ambitieux. Cependant, cette impression que les maisons se créent plus pour répondre à un caprice que par réelle volonté d’innovation me dérange. Si un manuscrit est rejeté de partout, c’est qu’il y a forcément une raison, inhérente plus à son auteur qu’à l’éditeur qui a accepté de le lire. De même que, selon moi, écrire ne signifie pas être forcément écrivain, publier un seul livre – surtout le sien – ne revient pas à être éditeur.

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