L’artbook raconté

artbookAnthologie illustrée.
Illustrations : Fleurine Rétroré
Auteurs : Gérard Bitschy, Chloé BoffyDana B. Chalys, Fabien Clavel, Delphine Dumouchel, Amandine Forgali, Mathieu Guibé, Cécile Guillot, Sophie JomainEmilie Milon, Pascaline Nolot, Julie P. Amaury Quétel, Stéphane SoutoulPatrice Verry,
La porte littéraire. 2013
232 p. / 25 € (édition simple), 40 € (édition collector)
 

 ★★★☆☆ 

Un voyage étonnant dans le fantastique, où les illustrations sont mises en lettres par les nouvelles plumes  de l’imaginaire.

Histoire de rêver

Voici enfin l’Artbook raconté, dont j’ai suivi avec intérêt  l’évolution sur Facebook. Je remercie Mestr Tom de la Porte littéraire de m’avoir permis de le lire.

Sur les 24 illustrations que comporte ce beau livre, 13 sont reliées à une nouvelle. Certaines de ses images sont connues, mais elles sont toujours aussi belles à voir et le format A4 du livre leur rend entièrement justice. Je regrette cependant que certaines, tenant sur deux pages comme Lune Bleue soient coupées en plein milieu. A moins de « casser » la reliure du livre (et je déteste ça) il est impossible de voir l’illustration entièrement. C’est peut être moins visible dans l’édition collector…

Le texte est imprimé sur un très joli papier gris encadré de noir, lui donnant des airs de grimoire empli de mystère. Cependant, certaines parties du texte débordent sur le dit cadre et devient difficilement lisible surtout avec mes soucis de vue. De plus, je pense qu’étant donnée le grand format du livre, un texte plus ramassé aurait été préférable.

Les nouvelles m’ont plu même si le niveau d’écriture est assez disparate ; il y a du très bon, du moins bon et certains textes m’ont laissée songeuse. Entre contes détournés et réalité basculant dans le fantastique, chaque lecteur y trouvera son compte. Certaines nouvelles comme Le Blâme de l’Océan m’ont réconciliée avec des thèmes que je ne lis pas souvent, voir qui me rebutent. Mention spéciale à Fabien Clavel qui a fait pleurer mon ptit coeur tout mou et à Dana Chabys qui tient une bonne histoire.

Le genre de la nouvelle permet à un thème de se dégager : l’inéluctable. Les personnages ne peuvent pas fuir leur destin, voir ne cherchent pas à le fuir. La nouvelle évite les tergiversations tout en laissant une bonne part aux raisons qui mènent les héros au coeur de leur propre histoire.

J’ai eu un peu de mal avec les 7 poèmes qui concluent le livre. La poésie n’est pas un genre qui me parle, et de fait, je n’ai pas été sensible à la rime. Et pourtant, la poésie et le fantastique peuvent donner de très jolis textes.

Lune bleue © Le monde de Fleurine

Lune bleue
© Le monde de Fleurine

Malgré ces petits défauts, les auteurs ont su mettre des mots sur ces images, leurs donnant des interprétations fantastiques qui peuvent aller bien au delà de ce que Fleurine a créé elle-même. Le résultat est un livre qui se lit par petites touches, afin que l’image reste en mémoire lors de la lecture.  J’ai pris mon temps car sortir d’un monde créé en quelques pages pour rentrer dans un autre est un exercice particulier, et j’ai préféré savourer chaque histoire.

***

Voici mon avis nouvelles par nouvelles

Savannah Stratton : Malgré quelques répétions et quelques doutes sur les dialogues, l’écriture est belle, simple et va droit au but, entraînant le lecteur sur les pas de l’héroïne au sein de son étrange famille. L’ambiance oscille entre la fatalité et l’espoir d’un destin bien plus enrichissant même si dangereux. Je me suis prise au jeu d’imaginer un grand roman.

Le blâme de l’océan : Je ne suis pas une grande fan de l’écologie romancée mais cette histoire était plaisante à lire. Les thèmes : la chasse à la baleine et la vengeance d’une femme. Les prises de conscience sont aussi brutales que le sang et les larmes versées. L’atmosphère saturée par la mort inéluctable est servie par une écriture vive et sans faille.

Phylira : l’auteur revisite librement le mythe de Cronos, fils d’Ouranos et Phyrila, une Océanide. Et j’avoue, j’ai versé de grosses larmes tellement c’était touchant. J’adore la mythologie et grâce à l’écriture simple et touchante, j’ai eu l’impression que le narrateur était en face de moi.

Confessions d’un serial lover : honnêtement je n’ai pas été convaincue par cette réécriture de l’histoire du tueur de Whitchapel. Le partie pris pour décrire sa découverte des femmes et de son plaisir me parait superficiel et la fin totalement improbable. Je n’ai pas réussi à entrer dans le texte.

Prolonger l’éphémère : le texte est une belle célébration de la nature et de l’amour. Son aspect très descriptif m’a un peu rebutée au début, mais j’ai fini par me laisser prendre. Et les derniers mots m’ont encore tirés les larmes.

Bloody Mary n’a jamais eu de bébé : J’ai trouvé  l’histoire intéressante. L’auteur taille dans la midinette qui pense qu’on peut fréquenter les démons sans rien devoir en retour. Néanmoins, je trouve que l’auteur en fait un peu trop dans le ton décalé et désinvolte de Bloody Mary. L’ensemble prend un aspect étrangement moralisateur pour le lecteur…

Conte de toujours : J’aime beaucoup les contes détournés et particulièrement celui dont est tiré cette histoire. Pourtant cette fois je n’ai pas été entièrement convaincue. C’est très bien écrit, mais il manque ce petit rien qui fait que la chute de l’histoire n’est pas si vertigineuse que ça.

Vert vert vert : A l’instar de l’un des personnages principaux  je trouve le texte un peu froid et trop terre à terre. De fait, la relation avec le fantastique se fait difficilement et l’ambiance mystérieuse que l’auteur a voulu créer pour contrebalancer tombe un peu à plat. Malgré tout, l’histoire n’est pas déplaisante.

La reine des hivers : autant l’idée est bonne (quoi que connue, elle m’a rappelé certains fantômes que l’on croise au bord des routes), autant j’ai des doutes quant à l’écriture que je trouve malhabile. Il y a des termes qui ne vont pas ensemble et les dialogues sont bancals. C'(est bien dommage.

Lune bleue : Là aussi je reste sceptique. Le texte reprend tous les codes de la bit-lit (garous, démons, amour) et il est bien écrit. Cependant le comportement de l’héroïne est incohérent à mes yeux au vu de son histoire  De plus, j’ai l’impression d’avoir lu un gros résumé d’une série que l’auteur aurait déjà écrite, et à laquelle il a rajouté une fin, un rien prévisible.

Vision du futur : j’ai bien aimé cette nouvelle. Aussi manichéenne soit-elle, elle reflète des avenirs qui peuvent exister. L’écriture est très immersive, au point que je pouvais presque entendre la voix de la narratrice au creux de mon oreille.

En preuve de mon amour : une de mes nouvelles préférées. L’auteur décrit avec une justesse poignante la fatalité qui peut s’abattre sur l’amour que le héros entretient. L’écriture est belle et mélancolique et a fait remonter des souvenirs de lectures passées.

Mortelle loyauté : une vision étonnante de la revanche, entre une réalité folle et dérisoire par rapport à la volonté inébranlable du personnage principal. Ce texte m’a étonnée par sa force et je l’ai même relu avec plaisir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *