[Erotique] [SM] La Société. Tome 1 : Qui de nous deux

Mickaella Valmur, prof de philo et veuve depuis quelques mois, voit débarquer dans sa vie Alexis, un lycéen issu d’une famille aisée. Rapidement, une relation hors des normes se tisse entre eux, faite de sensualité et de domination.

Le chien et l’éponge

J’ai lu ce livre suite à la polémique qu’il a engendré sur la blogosphère, autant offusquée par certaines scènes que par la réaction des fans de l’auteur à certaines critiques négatives. Ce qui suit cependant n’est que mon avis personnel, il me semble bon de le rappeler. Je n’ai pas lu les autres chroniques, je sais que presque toutes sont argumentées, même si certaines son volontiers cassantes. Je vais juste apporter un autre regard sur ce livre.

Mickaella Valmur – Micky – est prof de philo dans un lycée privé. Son deuil récent fait encore des gorges chaudes car elle était mariée en secret à un philosophe renommé, assez âgé pour être son père. Monsieur Morel, le proviseur, insiste pour qu’elle soit la tutrice d’Alexis Duviel, un nouvel élève qui n’a jamais été scolarisé, inscrit à la dernière minute et que ses parents (riches) décrivent comme indépendant et ne supportant pas la contrainte, bien qu’ayant besoin d’être un peu plus sociable.

Alexis, 17 ans, arrive au lycée avec une semaine de retard et se fait remarquer, tant par sa beauté physique que par son intellect. Rapidement, l’adolescent jette son dévolu sur la prof. Il semble en savoir long à son sujet mais s’arrange pour la laisser dans l’expectative, prenant de plus en plus d’emprise sur elle. Il choisit ce qu’elle doit porter, dépense sans compter à son attention, mais se montre autoritaire au possible, lui dictant son comportement. Rapidement, ces exigences dévient sur un plan sexuel, au grand désarroi (ou plaisir) de Micky.

Qui de nous deux est bien écrit. Très bien même, les phrases se déroulent avec fluidité, l’écriture à la première personne renforçant l’aspect journal intime. De fait, on suit avec un certain plaisir Micky dans ses pérégrinations sensuelles et ses interrogations face à un Alexis aussi mystérieux que lunatique et calculateur. Mais j’ai été dérangée tout du long par l’emploi du présent.  Yep, je suis old-school et j’assume le fait que me raconter une histoire revient à le faire au passé simple ou à l’imparfait (et en utilisant la concordance des temps associée). Le présent passe dans le cas d’une action nerveuse mais pas pour une histoire qui court sur plusieurs mois comme ici.

Je vais également tiquer sur l’emploi répété du verbe rugir. A part dans la pub pour Lion la barre chocolatée, j’ai jamais entendu un mec rugir de plaisir aussi souvent. C’est un peu bizarre. Autant que quand Micky est sonnée par les révélations successives que lui fait Alexis ; à force je me dis qu’elle passe son temps dans un état second.

Ce que vous devez savoir avant de poursuivre cette chronique est que Qui de nous deux est un livre pornographique et non érotique. On peut même rajouter sado-maso. Et croyez-moi ça change BEAUCOUP de choses quant à son appréciation  En effet, on peut désormais mettre une bonne part de sa déontologie de côté en admettant qu’une femme de 27 ans sorte avec un élève mineur et que celui-ci la mène par le bout du clito et la manipule pour en faire son jouet. Le fait que Micky soit une femme fontaine et qu’Alexis ait un appétit sexuel hors normes passe… jusqu’à un certain point ! Ils n’arrêtent jamais, de vrais lapins sous Viagra. Soyons clairs, même les meilleurs porn-stars actuellement en activité n’alignent pas les rounds comme ces deux-là.  Même quand Alexis admet ses limites à demi mot, on y croit à peine parce qu’ils finissent par remettre le couvert. Pure fiction. Et on oubliera pas l’emploi de sex toys divers et variés dont des boules de Geisha controversées… puisqu’issues de la collection personnelle de la mère d’Alexis.

J’ai eu du mal avec la psychologie des personnages, surtout de Micky. En tant que femme ayant des valeurs et des principes, elle se rebelle fréquemment contre les idées tordues de son partenaire. Mais cette rébellion ne dure jamais plus de quelques lignes. Elle boude, elle se vexe mais cède toujours. Elle accepte les ordres comme une éponge sèche : d’abord elle refuse d’absorber quoi que ce soit et l’eau rebondit sur elle, puis ses défenses cèdent et elle s’imprègne tant et plus qu’elle en redemande et se dessèche de nouveau quand Alexis n’est plus dans les parages pour lui faire part de ses caprices (et ce, même si ses nouveaux appétits la rende disons… plus humide…)

Alexis, justement a pour particularité de « sentir » les émotions de Micky, grâce à un odorat sur-développé  Dès qu’il entre dans la salle de cours, c’est pour renifler son odeur et ainsi tout savoir d’elle. Ce serait amusant (et conforme à ce type de livre) si ça ne se produisait pas systématiquement  au point de me demander s’il n’a pas été un toutou du GIGN dans une vie antérieure. On dirait un drogué qui sniffe de la cocaïne dans l’air, c’est un peu flippant. Presque autant que sa nature autoritaire, le fait qu’il ne supporte pas d’être contrarié et sa façon de réclamer les faveurs de Micky.

Ce qui nous mène au coeur du livre : les scènes érotiques. Il y en a beaucoup, mais clairement, leur déroulement découpe le livre en deux parties. D’abord Alexis et Micky se découvrent, testent leurs limites, leur lien dominant-soumise  et leur capacité à s’envoyer en l’air avec de plus en plus d’endurance, de passion et de fureur. La tension monte crescendo, avec des situations cocasses frôlant l’interdit et donc délicieusement excitantes.

Cependant, dès qu’Alexis décide de ramener Micky chez lui pour en profiter plus que quelques heures et loin des regards, l’histoire prend un tournant plus dérangeant. Dans le huis-clos de la maison familiale  les scènes appartiennent à un autre registre du porno-SM (notamment celle de la douche avec le lavement et celle avec Lucas), auquel tous les lecteurs d’érotique ne sont pas préparés ou réceptifs. De mon point de vue on ne peut pas tout mélanger sous prétexte de faire encore monter la sauce. C’est « trop ». Trop glauque, trop d’émotions mitigées même pour l’héroïne. Alexis, se cache derrière la découverte, la réalisation de ses fantasmes et son envie de voir Micky s’épanouir et assumer sa féminité et sa sexualité pour pousser la au delà de ses limites, jusqu’à la briser. Pour une fois, des paroles auraient été préférables à des actes.

De fait, j’affirme sans grande crainte que l’éditeur De La Bourdonnaye, via sa collection Carré Rose ne joue pas entièrement le jeu en ne qualifiant pas le livre de pornographique sur son site, ou tout du moins en ne prévenant pas que le contenu va au delà d’un livre érotique.

Et je vais aussi faire ma chieuse sur la couverture. Je ne trouve pas les personnages ressemblants ; sauf erreur, Micky est blonde, et Alexis fait bien plus vieux qu’elle.

Je ressors donc de ma lecture un peu mitigée, j’aime la façon dont l’intrigue est menée, son dénouement et la découverte de cette fameuse Société sont somme toute plutôt bien vus et bien gérés. Mais je me serai passée de certaines scènes, pas à leurs places selon moi et qui soulèvent quand même des questions (j’ai rêvé de la scène du cimetière en pleine nuit… brrrr…). Qui de nous deux s’adresse vraiment à des lecteurs qui ont déjà expérimentés l’érotique et cherchent de nouvelles sensations. Mais je ne suis pas certaine de le prêter à quelqu’un qui aimerait découvrir le genre.

Pour faire court : Tu m’appartiens quoi qu’il t’en coûte

Pour qui ? Lecteurs d’érotique aguerris

 ★★½☆☆ 

La Société. Tome 1 : qui de nous deux

Roman érotique de Angela Behelle

De La Bourdonnaye Editions 2012

205 p / 15.99 € (Lulu.com impression à la demande) 4.99 € (numérique sans DRM)

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