[Beuglante blogosphérique] Face à l’injure. Auteurs. Blogueurs. Editeurs ?

 

Une petite réflexion perso, suite à la lecture des mésaventures (une fois de plus) d’une blogueuse insultée pour avoir osé ne pas aimer un livre et, surtout, l’avoir dit sur son blog. Le livre mis en cause n’a ici aucune importance, pas plus que les goûts littéraires de la blogueuse en question, non, c’est sur le principe que porte ma réflexion.

Et mon avis c’est que y en a marre de ce comportement de môme de maternelle ! Je suis auteur moi-même, à mon modeste niveau, j’ai donc quelques lecteurs, et j’ai déjà eu l’honneur d’être chroniquée, parfois de façon positive, parfois non. Bien évidement, c’est humain, je préfère les chroniques positives, et ça m’attriste de voir que le fruit d’années de travail n’a pas plu à certaines personnes. Mais ce n’est pas pour autant que je suis allée les injurier. Ils n’ont pas aimé, c’est leur droit (moi aussi je n’aime pas certaines choses que d’autres portent aux nues), ils ont expliqué pourquoi, j’en ai pris bonne note, et si les critiques portent sur des défauts dans ma façon d’écrire, ça me permet parfois de me corriger et de m’améliorer.

Mais surtout, surtout, je crois que je mourrais de honte si jamais j’apprenais que certains de mes « fans » sont allés agonir d’injures ces personnes, pour avoir simplement exercé leur droit à donner leur avis personnel. Je n’ai demandé à personne de s’ériger en défenseur de ma vertu, déjà, ni de penser à ma place. Certes, ça peut partir d’une bonne intention, mais à l’arrivée, ça dessert totalement l’auteur. Je n’aurais pas la moindre envie d’avoir pour lecteurs des maniaques hystériques qui prétendent parler pour moi, surtout si c’est de façon aussi immature. Défendre un livre qu’on a aimé, ok, c’est légitime aussi. Mais de façon posée, avec des arguments constructifs, et non avec de basses injures.

Dans le cas qui a motivé ce post, la blogueuse a été insultée non seulement sur le choix de ses lectures (et donc de son niveau mental) mais aussi SUR SON PHYSIQUE, et là, les bornes sont franchies, surtout que c’est aussi arrivée à une amie très chère, chroniqueuse émérite et fille adorable, ce qui me rend chatouilleuse sur la question. Il faut avoir une tête spéciale pour avoir le droit de faire des chroniques ? Non mais c’est quoi ce délire ? C’est bien là la preuve que la « fan » n’a strictement aucun argument à opposer, rien d’autre que de ridicules et basses insultes.

Autre argument spécieux : « Tu te permets de critiquer alors que t’es pas fichue d’écrire un bouquin ! » Ah ? Donc seuls les écrivains peuvent donner leur avis sur le travail de leurs collègues ? Intéressant. (Je passerais sur les fautes d’orthographe qui rendent les attaques risibles). Franchement, je plains l’auteur d’avoir de telles « admiratrices ». Parce qu’on ne dira pas : « Ah oui, Truc, c’est l’auteur qui a écrit tel roman », mais : « C’est l’auteur qui a des hordes de débiles agressives qui la défendent, n’est-ce pas ? » Whoaw, ça c’est de la bonne réputation! Perso, je préfère encore être inconnue que d’avoir des lecteurs comme ça.

Isabelle Wenta. Auteur

Je suis d’un naturel très curieux. En tant que blogueuse, j’ai expérimenté à peu près toutes les phases de la contre-expertise de mon travail, de l’argumentation fournie à l’injure gratuite telle que définie par Isabelle. J’en suis sortie avec des sentiments variés, de la satisfaction un peu frustrée d’avoir eu une conversation intéressante même si je n’ai pu finalement convaincre mon interlocuteur, à l’envie de casser des choses à commencer par mon interlocuteur.

Il y a déjà eu des articles entiers sur tout le mal que le fan pouvait faire à son idole en se permettant de répondre à sa place, de la « défendre » au prix de la crédibilité la plus élémentaire. Je ne reviendrai pas sur la liberté de chacun à dire ce qu’il pense.

Quand le fan devient fanatique, le blogueur s’énerve, puis s’inquiète pour la réputation de l’auteur. D’ailleurs si l’auteur répond en personne, ça peut carrément être pire puisqu’il va défendre son « bébé » bec et ongles. Le fan aussi vous me direz.

Si l’auteur a suffisamment de recul et d’humilité, on sait aussi ce qui se passe. Il remerciera avec un sourire, ira hurler sa peine chez lui et se remettra au travail.

Le blogueur continuera son petit bonhomme de chemin, assumant autant qu’il le peut la polémique jusqu’à ce qu’elle se tasse.

Ma question est simple : que pensent les éditeurs des ces réactions quasi épidermiques ? Je veux savoir ! Comment un éditeur fait-il pour gérer des fans pas conciliants ou un auteur qui s’y croit face à la blogosphère ?

Oui je sais, ça touche à de la cuisine interne. Mais je suis curieuse,je l’ai dit, tous les auteurs n’ont pas un attaché de presse capable de lisser son image comme un fer à repasser et de lui apprendre le B.A. BA de la comm’ sur la toile (ou ailleurs).

Je n’ai jamais entendu parler de blogueurs racontant comment ils ont envoyé un mail à l’éditeur, avec un lien l’article incriminé en disant « hé coco, ton poulain s’enfonce tout seul/à cause de ses fans ! Rattrape-le avant de te traîner un boulet ».  Ce serait légitime pourtant ; dans la majorité des cas, le blogueur a assez de sympathie (à défaut d’amitié) envers l’auteur pour se désoler d’une mauvaise pub qui va rester longtemps dans l’esprit des gens. Et l’auteur n’est pas le seul à pouvoir crier à la diffamation et à menacer d’un procès retentissant sous prétexte qu’on a touché à son art sacré. Le blogueur aussi a des droits.

Mais comment gère l’éditeur, mystère. Après tout, l’auteur est un peu son porte-drapeau, le gars qui lui assure une bonne réputation (et de bonnes ventes) auprès des lecteurs. Est-ce qu’il prend son poulain entre quat’zyeux pour lui apprendre l’existence ? Est ce qu’il applique le principe de « toute pub est bonne à prendre même la mauvaise parce que ça fait parler » et donc, ne fait rien ? Est ce qu’il s’invite dans les commentaires en service commandé ?

La dernière option est quand même très limite mais ça s’est vu, avec des résultats divers, l’éditeur, comme l’auteur étant là pour défendre son bifteck. On a tous vu des auteurs appeler leurs fans au calme en vertu de cette sacro sainte liberté d’expression. Et des éditeurs se prendre un peu les pieds dans le tapis.

Reste que, l’éditeur faisant partie de la chaîne du livre, et de plus en plus de la blogosphère, il doit gérer des réactions instantanées comme Internet seul sait les créer. Et l’injure d’un fan/ami d’auteur à un blogueur, voir pire d’un auteur à un blogueur est sans doute l’un des cas les plus extrêmes dans ce petit monde qu’est la blogo littéraire.

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