[En vidéo] [Romance érotique] Fifty Shades. Tome 1 : Fifty shades of Grey

Anastasia Steele, étudiante en littérature, doit réaliser l’interview de Christian Grey, un jeune et très riche entrepreneur pour le journal de la fac. Rapidement, cet homme étrange va poursuivre de ses assiduités l’innocente Ana, avec un but bien précis : en faire sa soumise.

Ombre de phénomène

Fifty Shades of Grey c’est LE livre qui fait parler en ce moment. Quand j’apprends que l’auteur s’est inspirée de l’univers de Twilight (ce qui explique BEAUCOUP de choses), qu’elle s’est auto-publiée, et que son livre a eu tellement de succès sur Amazon qu’un éditeur lui offre un pont d’or et que le tout Hollywood se bat pour adapter ce livre au cinéma, je me dis que même si ça ne vaut pas la moitié de ce qu’on en dit, il faut que je le lise (ceux qui pensent que je l’ai aussi fait parce que je suis un troll en puissance auront sans doute raison).

Cette lecture a été (comme pour nos héros) une succession de premières fois.

  • Première fois que je lis un gros livre en anglais.
  • Première fois que je constate que le livre n’est pas dispo ailleurs que sur Amazon et Itunes.
  • Première rencontre avec les DRMs (d’Apple ou de l’éditeur, je m’en fous).
  • Premier piratage d’un livre que j’ai acheté à la base

Vous constaterez que « premier livre érotique » ne figure pas dans la liste (hum hum).

Ah et avant de commencer, étant donné le nombre d’avis circulant d’ores et déjà dans la blogosphère, je rappelle que ce qui suit n’engage que moi. Me, my myself !

Now let’s go.

Nous avons donc Anastasia Steele, 23 ans, fraîchement diplômée de littérature. Romantique à souhait la littérature. Jane Eyre, Orgueils et préjugés, vous voyez le tableau. D’ailleurs Ana est vierge sans doute pour attendre le prince charmant et ne sait donc rien des « choses de la vie » (et mon cul c’est du poulet). De l’autre, Christian Grey, même pas trentenaire, riche à millions, directeur de sa propre entreprise, mystérieux et autoritaire. Parce que Kate, son (insupportable) meilleure amie est malade ce jour-là (coïncidence, je ne crois pas !), Ana se rend à Seattle pour interviewer Christian. Cette rencontre va en amener d’autres, plus ou moins bizarres, jusqu’à ce que ces deux-là finissent au lit (ne hurlez pas au spoil, c’est une ROMANCE EROTIQUE c’est pas comme si je vous gâchais l’intrigue).

Clara et Katsuni deux femmes d’expérience battues par Ana, diplômée en « Learn Sex Fast »

Au début, on tombe des nues ! Comme Christian, on a du mal à croire qu’Anastasia est vierge. Même si elle n’a pas vécu dans un couvent, elle n’a pas la moindre expérience. Ce qui ne l’empêche pas de savoir allumer notre homme mieux qu’une allumette dans un bidon d’essence, et, une fois passée à la casserole, de faire les choses aussi bien que Clara Morgane ou Katsuni. Elle n’est pas idiote (surtout par mail en fait) mais elle perd tous ses moyens en face de Christian, devenant la tant redoutée nunuche toute chose à l’idée de finir en position horizontale. De plus, elle ment au lecteur en disant qu’elle ne sait pas comment faire : en plus de son subconscient très moralisateur, elle trimbale une déesse intérieure (inner goddess), une nympho de  première qui a une idée très précise de ce que deux corps peuvent faire ensemble. Difficile de croire qu’Ana est totalement innocente…

 Surtout quand on voit le morceau en face. Christian Grey, beau gosse de son état, lunatique, imprévisible, jaloux, obsédé par le gris et maniaque du contrôle, il passe facilement pour le loup qui vient de se trouver un agneau bien appétissant (je suis d’ailleurs convaincue qu’il ferait un bon loup-garou). Il est capable de passer d’un comportement d’amoureux gentil et aimable à véritable glaçon sur pattes, cassant, exigent, sur-réagissant à tout et secret et malgré ça  bon au lit.

Ce serait donc une histoire banale type « les opposés s’attirent » si monsieur Grey n’était pas accro au bondage et au sado-masochisme. (il ne fait pas l’amour, il baise, je le cite, et il a une chambre des supplices). Et si, pour mettre Ana dans son lit, il ne lui faisait pas un plan type Proposition indécente : un contrat écrit dans lequel tous les avantages, conditions et limites d’une relation Dominant/Soumise sont expliqués. C’est un peu la partie chiante du livre, parce que dans les faits, il n’a pas vraiment attendu qu’elle signe pour l’attacher aux barreaux du lit et la faire grimper aux rideaux…

On retrouve dans l’intrigue et les personnages tous les codes de la romance. Vous savez, tout ce qui en fait une histoire assez hallucinante pour que vous vous disiez que le papier ou les pixels de votre livre sont imprégnés d’une substance illégale. Ana est vierge, mais il lui suffit d’une fois pour maîtriser les arcanes de l’amour charnel. Elle a plus d’orgasmes en une nuit que j’ai pris de cuites dans ma vie ENTIÈRE, elle se mord les lèvres comme Bella, râle après ses cheveux comme Bella, et surtout, Christian est incroyablement beau. Toutes les parties de son corps le sont, il faut au moins trois adjectifs pour un nom commun afin de signifier à quel point ce que voit Ana est exceptionnel. Ajoutez à ça un passé juste pas possible (et foncièrement pas si dramatique que ça), qu’ils se dévaluent sans cesse et estiment ne pas se mériter l’un l’autre (sérieux, pourquoi vous voulez être ensemble alors) et vous aurez le combo gagnant.

Quand au style de l’auteur, il est… simple. Sérieusement, si je me suis mise à lire ce livre en anglais c’est parce qu’on m’a prévenue qu’un gamin de troisième pouvait le faire. Pour vous faire une idée, pas mal de sites font un compte détaillé des oh my, oh crap, holly shit, fifty, cocks his/her head, whisper, frown, roll his/her eyes et j’en oublie. Personnellement je devais compter les oh my, mais j’avoue au bout de 15 j’ai zappé. C’est certain, les répétitions feront fuir ceux qui ne s’accrochent pas, mais pour le reste, les héros qui passent d’un sentiment à un autre plus vite qu’Usain Bolt pendant les JO, les scènes de sexe les plus soft de l’histoire du BDSM ont fait ma joie. Franchement, y’a pas de quoi fouetter un chat (sans mauvais jeu de mot).

Reste une question essentielle. POURQUOI ?

Pourquoi CE livre et pas un autre parmi les milliers auto-édités en littérature anglo-saxonne. Je reste songeuse. La saga de E.L. James est un rêve d’auteur avide de reconnaissance ; auto-publiée sur Amazon, repérée grâce au bouche à oreille, plébiscitée et récupérée par un éditeur. le genre de truc qui n’arrive que rarement, qui fait crever d’envie les uns et râler d’agacement les autres. D’ailleurs, l’auteur est tellement contente qu’elle attaque en justice tout ce qui fait référence de près où de loin à Fifty Shades.

Je sais que la chance ne se calcule pas. Mais deux séances de fessées (avec et sans accessoires), des coucheries dans des endroits inhabituels et à la fois très conventionnels dans les romances (bureau, cabane de jardin) et le fait que Christian soit un gars aussi autoritaire qu’Ana manque de capacités de s’imposer  ne suffisent pas à expliquer l’emballement et surtout la création du concept de Moomy Porn ou « porno pour mamans ».

Alors oui, les Anglo-saxonnes (surtout les Américaines) ne parlent pas de ces choses là aussi librement que les Latines. Mais ce livre ne transcende pas l’érotisme au point de lui créer un nouveau genre, spécifiquement adressé à la ménagère de moins de cinquante ans (oh que je déteste cette appellation). C’est juste ridicule. Des livres érotiques, il en a toujours existé, écrits à toutes les époques, destinés à tous les âges, peu importe le genre avec lequel ils cohabitent.

La lecture de Fifty Shades of Grey n’a pas été déplaisante. J’ai passé un bon moment, j’aime bien les personnages principaux (les secondaires, comme Kate « miss Inquisition » ou José « si j’embrasse une fille bourrée, elle me tombera dans les bras » peuvent aller se rhabiller). Ça se laisse lire, il y a des passages marrants (surtout les échanges par emails) et l’atmosphère extravagante qu’apporte la fortune de Grey parle à mon petit coeur de princesse qui rêve d’être couverte de cadeaux.

Mais ça ne révolutionne rien. Je plains l’actrice qui va récupérer le rôle d’Ana (enfin pour ça, faudrait déjà qu’il y ait un réalisateur) parce qu’assumer un rôle de gentille nunuche attachée et fessée, ça va pas être simple. Je plains surtout ceux qui vont se ruer sur la version française. Entre la traduction qui, si elle est mal faite risque d’être affreuse, et le prix de vente, ça risque de grogner sous la couette.

Je lirai certainement sa suite Fifty Shades darker, juste parce que ma petite soeur est persuadée que l’auteur ne l’a pas écrit elle-même, et parce que dans le fond, ça m’a bien plu.

Et merci à Cécile pour les codes de la romance et à YheSFReader pour le sous-titre.

Pour faire court : attache-moi !

Pour qui ? Pas que pour les mamans, mais faut être majeur

Si je veux la suite ? Ça pourrait être fun

 ★★★☆☆ 

Fifty Shades. Tome 1 : Fifty Shades of Grey

Romance érotique de E.L. James

Arrow Books 2012

528 p / 9.97 € (relié), 6 € environs (numérique+DRM)

Version française : 17 € (relié), 11.99 €(numérique + DRM)

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