[Roman] Le garçon qui n’était pas noir

1971. Un jour d’hiver, un nouvel élève débarque dans la classe de Frannie. Il ressemble un peu à Jésus et surtout, il est Blanc dans un quartier Noir. Cette arrivée bouleverse le quotidien de la petite fille, presque autant que celle de l’annonce d’un nouveau bébé dans sa famille. Entre certitudes ébranlées et envie de comprendre le monde, Frannie va grandir. Et espérer.

« L’espoir porte un costume de plumes »

Tout le livre prend racine dans ce début du poème d’Emily Dickinson, une auteur que je ne connais que très peu, mais dont je sais l’importance outre-Atlantique. On ne peut pas vraiment localiser cette histoire, elle pourrait se passer « de l’autre côté de l’autoroute » de n’importe quelle ville américaine, dans un quartier noir, pas plus riche et pas plus pauvre qu’un autre. Tout le monde sait que le quartier blanc est de l’autre côté, mais personne ne s’en soucie, surtout pas Frannie. Entre la santé de sa mère, étrangement fatiguée, et l’arrivée de ce garçon blanc, un jour de neige, cette petite fille de 11 ans a de quoi penser.

J’ai bien aimé cette lecture, aux personnages attachants, notamment Sean, le frère sourd de Frannie. Malgré la vie modeste de ces personnages, pas de misérabilisme en vue, chacun profite des petits plaisirs de l’existence. L’auteur décrit leur quotidien, leurs moeurs, la musique et le rapport aux autres. L’école que Frannie fréquente compte ses personnalités ; Trevor, la terreur en est une. Il ne supporte pas l’arrivée de ce Jésus – qui n’est pas son vrai prénom – simplement parce qu’il est blanc. Un racisme que les autres enfants ne comprennent pas forcément, notamment la meilleure amie de Frannie, qui, à force d’observation est persuadée que le nouveau est vraiment le fils de Dieu. Jésus lui-même est mystérieux, mais étonnamment accessible dés que l’on accepte de passer la barrière des préjugés.

Ce récit se lit assez vite, exposant la vie de ses héros tout en douceur. Les évènements, même les plus difficiles arrivent sans heurts. La ségrégation n’a plus cours à cette époque, mais comme on s’en rend compte, on ne se mélange pas, et le racisme n’est pas loin. Pourtant rien n’est jamais définitif, et les changements arrivent, laissant les personnages plus mûrs et avec un peu plus d’espoir et de confiance en l’avenir.

Un point pourrait déranger le lecteur, mais personnellement, je l’ai lié à son contexte socio-culturel ; il est beaucoup question de religion. La meilleure amie de Frannie a un père pentecôtiste et sa mère et sa grand-mère l’incitent fréquemment à aller à l’église, même si ça ne passionne pas la petite fille. Et puis il y a ce fameux Jésus qui va cristalliser pas mal d’espoir de rédemption, alors que lui-même n’a rien demandé. Mais ce n’est pas ce qui importe le plus : l’important est surtout le regard des autres.

J’ai quand même un bémol concernant le titre choisi par l’éditeur, que je décrirai comme inutilement polémique. Passer de Feathers, Plumes en anglais, à Le garçon qui n’tait pas noir, je ne vois pas vraiment l’intérêt. Je me doute que le jeune lecteur ne connait pas Dickinson et donc ne saisira pas la référence, à moins que l’on prenne le temps de la lui expliquer, mais puisque le titre original ne fait pas mention de la couleur de peau, pourquoi la mettre en avant dans le titre français ?

Au final, j’ai trouvé la lecture agréable et fluide : se plonger dans ce début d’années 70, entre Jackson 5 et vie de quartier est très rafraîchissant. Le livre offre une vision plus légère et sans aucun doute vraie de ce qu’était la vie des Noirs à l’époque.

Pour faire court : des plumes de toutes les couleurs

Pour qui ? à partir de 11 ans

 ★★★½☆ 

Le garçon qui n’était pas noir

Roman de Jacqueline Woodson

Bayard jeunesse (estampille) 2011

217 p. / 11.50 €

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