[En vidéo] Eclipse lunaire. Tome 1 : Phénix et Lukaina

Une ville, deux destins. Ashandia est une Phénix, l’une des dernières de sa race, sous la protection des Seigneurs Dragons, des êtres surpuissants qu’elle ne peut pas souffrir, notamment Jaym, son protecteur attitré. Eilidh est une garou, flic au Bureau Fédéral des Inaltères et second lieutenant de la meute Apache. L’anniversaire du dragon le plus pervers de la ville, une attaque vampirique sur le territoire garou, la culture du secret et leur mauvais caractère va les réunir au delà de ce qu’elles pensaient.

Inaltère(able déception)

Ça partait bien, très bien cette histoire. Je suis l’auteur sur les réseaux sociaux et même si je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec elle, je trouvais son enthousiasme à propos de son livre communicatif. Retravaillé, amélioré, l’univers donnait clairement envie, avec un bestiaire nouveau, surtout en littérature urban fantasy. Les Dragons, Phénix et autres Licornes, ça court moins les rues que les Vampires et les Loups-Garous. J’ai acheté le livre, sans autre crainte que de me demander comment ces créatures fabuleuses, évoluant sous forme humaine, allaient être traitées.

Sur ce point, les choses vont à peu près dans le bon sens :

  • Ashandia, l’un des derniers Phénix de son espèce est une jeune femme au tempérament fort, et au caractère instable (et parfois de gamine) malgré une certaine générosité de cœur. La contrariété et un manque de maîtrise de ses capacités peuvent la pousser à s’immoler, mais elle revient invariablement.
  • Calixa, sa meilleure amie, est une Licorne, douce, belle, qui sait apaiser les tensions et les blessures.
  • Quant à Jaym et à l’ensemble de ses frères (et seigneurs) Dragons, ils sont sans conteste puissants et craints, avec une notion assez particulière des sentiments. Ils dirigent d’ailleurs l’Ordre Inaltère (l’ensemble des surnaturels) et protègent les créatures plus faibles.
  • Ce cocktail pour le moins détonnant est complété par les Vampires et les Loups-garous. Je ne m’attarderai pas sur eux : à part quelques capacités modifiées pour les suceurs de sang, ces deux races restent égales à elles-mêmes.

Arrivée à ce stade, j’ai un problème. Pas avec les persos qui, individuellement et en groupe sont intéressants à observer. Avec l’action.

Incohérence scénaristique

En deux mots comme en cent, voilà ce que j’ai ressenti tout le long de ma lecture. Et ça commence dès le début de l’histoire, quand Ashandia rentre chez elle, attendue de pied ferme par un Jaym furieux. On comprend, assez difficilement, qu’elle s’est immolée et que son protecteur lui en veut pour ça. Mais dans quelles circonstances ? Pourquoi ? La dispute arrive sans crier gare et sans explication même partieles, et pratiquement toutes les scènes importantes seront comme ça. Elles tombent dans une suite précipitée dont j’ai eu le plus grand mal à saisir la logique si ce n’est à mettre l’héroïne dans une position de plus en plus difficile à tenir.

Le texte est à deux voix, Eilidh, la louve aura également sa partie…  et les même problèmes de mise en scène. Même si, très étrangement, toute la partie consacrée aux Garous et Vampires est un peu plus cohérente (peut-être l’auteur aurait-elle du s’en tenir à ces deux races), il n’en demeure pas moins que l’enchaînement des actions me laisse songeuse. On ne sait plus pourquoi certaines choses sont arrivées, mais elles sont arrivées ! Avec le recul, je me rends compte que certains passages ont tellement échappés à ma compréhension que je les ai occultés. Exemple :

  • Pourquoi, alors qu’Ashandia vient de vivre l’un des moments les plus désagréables et tendus de sa vie, sa meilleure amie choisit ce moment pour lui lancer une bombe concernant sa vie amoureuse ?
  • Pourquoi Eilidh, « seulement » second lieutenant de son Alpha doit négocier avec les Dragons ? Même si elle est flic par ailleurs…

Ça m’échappe. Et pas que ça. Arrivée à ce stade, j’ai clairement un problème d’immersion dans l’histoire.

Surexploitation/Sous-exploitation

Toute bonne aventure a ses ressorts narratifs, ses rebondissements et ses personnages au charisme plus ou moins affirmé. Eclipse Lunaire a tout ça en stock. Mais pas dans le bon ordre.

Comme je l’ai dit, les situations, même si elles ne sont pas dénuées d’intérêt, arrivent bien trop vite pour être cohérentes entre elles. Il en va de même des personnages, dont les relations entre eux ne sont pas assez exploitées. La succession d’actions empêche leur installation dans l’histoire et surtout, le lecteur ne peut pas prendre le temps de les connaitre et donc de s’attacher à eux (ou pas). Je ne dis pas qu’on a besoin de leur bio détaillée dans ce premier tome, mais laisser les choses se développer, en travaillant sur les interactions et les caractères (autrement que par des scènes suggestives) n’aurait pas été un mal.

Un exemple très concret est dans la découverte d’un point très important et qui saute littéralement au visage des deux héroïnes, mais que personne ne songe à relever, même les personnes qui n’étaient pas au courant à la base et qui sont témoins de la scène ! Dérangeant. De même, les pouvoirs développés par Eilidh, de façon totalement incontrôlée auraient pu être un formidable ressort narratif mais est mis de côté, comme beaucoup d’autres choses.

Un style agréable, trop d’adjectifs, et… encore des incohérences.

Dans l’ensemble, lire Éclipse Lunaire n’est pas désagréable. La lecture peut se faire tranquillement car le style employé est fluide. Mais on ne peut pas s’empêcher de remarquer des choses étranges et parfois agaçantes. De la surabondance en adjectifs surtout quand il s’agit de décrire les hommes (sérieusement, une page A4 pour décrire un mec, c’est trop !), à l’incapacité chronique que j’ai eu à me localiser dans l’espace et le temps (je suis prête à parier que tout se tient en moins de 24h), il y a de quoi tiquer. Quelques  exemples en vrac :

L’action se passe aux États-Unis ou plutôt dans un pays avec un système d’état fédéral (Eilidh bosse pour le Bureau Fédéral des Inaltères). Où précisément ? On ne sait pas, et ça ne me pose pas de problème. Sauf quand je n’ai pas la moindre idée de la taille et de l’allure, même sommaire de la ville. Je serais tentée de dire qu’elle est assez petite car tout est à maximum dix minutes d’un point de départ. Exemple : quand Eilidh appelle une maîtresse vampire pour régler un souci, celle-ci se présente en moins de dix minutes. Idem pour se rendre de la maison d’Ashandia et Calixa au Dragon Fly, la boite de nuit du coin (tiens, une boite de nuit…). Tout ça laisse l’impression que rien ne peut contrarier les protagonistes dans l’avancée de l’histoire, pas même un élément aussi naturel que la distance ou l’incapacité à se déplacer.

Ça se passe en octobre (mais on l’apprend très, très tard). Note directe à l’auteur : même en tenant compte de passage à l’heure d’hiver, le soleil ne se lève pas à 5 heures du matin en octobre, dans n’importe quel endroit de la planète (Google is your friend).

Il y a aussi de grosses incohérences sur les vêlements que porte Ashandia dans une scène, passant de la robe de soirée à un jean-sweat, pour ensuite revenir à la robe qui a brûlé entre temps puis retour du sweat. J’ai eu du mal à suivre.

Le texte souffre également de nombreuses répétitions, de maladresses, et de mots qui ne vont pas ensemble. J’ai fait le test, aucun homme n’a pris comme un compliment le fait d’avoir une « carrure sulfureuse », je n’ai trouvé personne à la « voix fine » et même si je suis malade en ce moment, je ne « frissonne pas de chaleur ». Sans compter les phrases bancales de type « Il s’arrêta devant moi, me dépassant d’une tête et sifflota ». J’ai mis un peu de temps à la saisir celle-là.

Enfin, dans le cours de l’histoire, certains personnages changent de prénoms. Soit parce qu’ils utilisent leurs Vrais Noms, comme les garous qui ont des noms indiens, soit que leurs noms étaient en fait des pseudonymes. Ce n’est pas dérangeant tant que l’auteur ne décide pas d’utiliser l’un ou l’autre indifféremment sans tenir compte du contexte, ce qui peut perdre le lecteur. Toujours en parlant de nom, je commence à faire une vraie allergie aux prénoms anglo-saxons qui ne se justifient pas toujours. Ashandia, c’est joli, même si Google n’a pas su me dire ce que ça signifie. Ashandia Parker, ça ne sonne pas bien à mes oreilles. On est peut être dans un pays anglophone, mais même là-bas, il existe toujours une diversité même dans les noms de famille.

Finissons en !

Pour être franc avec vous, je suis sortie de ma lecture avec un énorme sentiment de colère et de frustration. Parce que cette histoire contient beaucoup de très, très bonnes idées, qui auraient pu aisément propulser le livre au top et même faire de l’ombre à des sorties récentes en urban fantasy made in France (Gallman, pour n’en citer qu’une et oui je sais, elle est suisse).

Mais tout est gâché. Trop de précipitation dans l’action, pas assez de développement font que ça ne prend pas. Selon moi, une bonne partie de ce livre, pas bien gros il faut bien le dire (290 p.), aurait dû être utilisée et développée dans un tome 2. Ajoutez à ça les erreurs stylistiques et le Phénix crache un pétard mouillé.

Dernier point : il y a peut-être des garous, mais je ne saisis pas le rapport entre le titre et l’histoire. Et j’ai du mal avec la couverture, un peu trop glauque à mon gout.  Tout ça aurait du être n peu plus ardent.

 Mythologie des créatures surnaturelles

Phénix : créature fabuleuse supposée immortelle, elle meurt en prenant feu et renaît de ses cendres. Ashandia suit cette évolution et en cas de combustion, revient au bout de 12 heures.

Licornes : des créatures considérées comme précieuses. En tuer une revient à tuer un enfant ! Elles sont douces, aimantes et dotées d’une incroyable beauté. Réputées naïves, elles ont tendance à se fourrer dans les ennuis. Les vampires les pourchassaient pour leur sang.

Dragons : des êtes centenaires, craints et respectés. Ils détiennent une puissance bien cachée et leur part humaine doit cohabiter avec une part draconique particulièrement ombrageuse et susceptible. Ils ne supportent pas les vampires, et à leurs yeux, toute créature est un Vassal. Ils ont la culture du secret chevillée au corps.

Vampires : dotés des capacités habituelles de leur race, ils peuvent se déplacer en plein jour (mais la population ne le sait pas, pour éviter la panique). Une morsure suffit à infecter la victime.

Loups-garous : pareil que pour les vampires. L’auteur a modifié quelques termes les concernant, mais l’organisation et la façon de devenir Garou est la même qu’ailleurs.

***

Pour faire court : Le bestiaire est dans le noir

Pour qui ? A partir de 16 ans

Si je veux la suite : pas inspirée pour la lire

Avis final  ★★☆☆☆ 

Eclipse Lunaire. Tome 1 : Phénix et Lukaina

Urban fantasy de Agnès K. Mongili.

Nergal 2012

278 p. / 17 € (papier) – 6€ (ebook)

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