[Ma vie de bib] Désherbage et pilon

Le jour où j’ai lâché sur Twitter que ma responsable m’avait demandé de pilonner dans les rayons  dont je m’occupe – manga et fantastique – les bibliophiles de tous bords ont poussé de hauts cris. Et à raison : le pilon n’est pas une opération agréable pour qui aime les livres.

Mais je vais trop vite là, déjà il faut que j’explique.

C’est simple : ma bibliothèque est comme votre chez-vous : on ne peut pas pousser les murs. Au bout d’un moment, les étagères sont pleines, voir débordent et on s’y perd un peu. Il devient donc urgent de faire du tri.  Le pilon donc je vais parler n’a donc rien à voir avec celui, quasi tabou, que les maisons d’éditions pratiquent, surtout entre octobre et décembre, après nous avoir noyé sus des centaines de livres de la rentrée littéraire. Ça, j’aime encore moins et cet article vous en parlera bien mieux.

Mais avant de parler de cette solution ultime (gloups), voyons un peu les différentes étapes qui y mène.

« On est pas bien, là ? » « On est pas un peu serrés ? »

Un peu de jardinage : on désherbe, on élague.

C’est une histoire qui court chez tous les profs bibliothécaires qui enseignent le métier :

« Un jour, je débarque dans une bibliothèque, assez ancienne. Je me promène dans les rayonnages, observe leur contenu, note la fréquentation. Je remarque l’état général des livres. Le lendemain, jour de fermeture, je reviens, me présente au personnel et leur propose l’exercice suivant : retirer un livre sur trois des rayonnages. Ce travail fait, j’attend le lendemain. Environs dix minutes après l’ouverture, un adhérent vient voir les bibliothécaires et demande, très étonné  « vous avez acheté de nouveaux livres ? »

Eh non, on s’est contenté de rendre visible ce qui ne l’était pas en retirant le trop plein. Et encore, sur cette demande, il n’y a pas eu de travail de tri.

Le désherbage – c’est le nom de cet exercice – consiste à éliminer des livres en vue de revoir et d’améliorer les collections. Pour faire simple, on retire des documents jugés en mauvais état, obsolètes (soit qu’ils ne sont plus raccord avec l’actualité, soit qu’ils sont devenus vieillots), ou trop abondants pour un même sujet. Le résultat est que les étagères sont plus « lisibles » et qu’il est plus simple d’y faire des recherches. Ce désherbage dépend entièrement de votre médiathèque et de sa politique d’acquisition. En effet, les livres doivent correspondre le plus possible aux attentes et aux besoins du public.

Non pas moi, pitié PAS MOI !

 Oui mais après ?

Normalement, les bibliothèques de lecture publique telles que celle où je travaille n’ont pas vocation à conserver indéfiniment des livres, à moins d’avoir une mission spéciale comme entretenir le patrimoine culturel régional par exemple. Donc, elles ne peuvent pas garder de livres. Cependant, certains ouvrages de références ou romans restés populaires ne sont pas jetés même s’ils sortent moins : on les conserve en magasin. La plupart du temps ils sont accessibles sur simple demande. Cela permet de faire de la place pour du neuf..

Le désherbage et la mise en magasin se font toujours de façon raisonnée : mieux vaut qu’il reste un peu trop de documents sur un sujet (selon moi) que plus rien du tout et que le temps que vous en rachetiez, le public n’ait rien à se mettre sous la dent !

Le pilon

Ah le pilon, c’est la dernière solution, la moins évidente à vivre pour un bibliothécaire… Tous les documents qui ne seront jamais plus d’actualité, passés de mode, abîmés et qui ne peuvent pas être gardés en magasin sont mis dans des cartons et envoyés au rebut.  C’est une épreuve difficile, surtout la première fois. Quand on est jeune bibliothécaire, on perçoit mal ce qui n’a plus d’intérêt à rester sur les rayons. On a des pensées pour ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter et en se dit qu’ils finiront comme cartons de pizzas.

C’est aussi difficile parce que souvent, on a lu ces livres qui seront éliminés et qu’ils nous laissent de bons souvenirs. Mais c’est une mal pour un bien car ils permettent d’installer de nouvelles collections, qui plairont aux lecteurs.

Et pourquoi tu ne les gardes pas ?

Déjà parce que mes murs ne sont pas extensibles : je ne peux pas rapporter tous ces livres chez moi hélas, en plus, ils ne feraient que grossir ma PAL déjà bien encombrée ! Ensuite parce que ce n’est pas vraiment légal. Un livre portant le tampon d’une bibliothèque appartient de fait au domaine public, un peu comme une école ou le palais de l’Élysée. Le rapporter chez soi, même s’il a été rayé de l’inventaire revient à commettre un détournement de biens publics puni par la loi… bon ceci dit, je ne connais pas de bibliothécaire qui se soient faits arrêter pour ça.

Cependant, tous les livres ne finissent pas dans un incinérateur ou dans les mâchoires d’acier d’un appareil à recycler. Certaines associations avec pour spécialité la réinsertion de personnes en difficultés, récupèrent ces livres pour les traiter ou pour les vendre, de sorte que ces livres ont encore une nouvelle vie.

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