[En vidéo] [YA Fantastique] Saga Hunters. Tome 1 : nouvel espoir

Après l’assassinat de ses parents, Carlie doit quitter l’Angleterre avec ses frères et son oncle. En grandissant, elle développe des dons étranges, issus de sa nature vampirique. Mais ce n’est pas tout. Carlie est également née pour devenir une Huntress, un être apte à protéger les humains des vampires et des loups-garous. Il semblerait même qu’elle puisse rassembler les races, pourtant ennemies.

Une nouvelle déception

Il est tout de même étrange que j’apprenne plus de choses avec un mauvais livre qu’avec un bon. Je dois être foncièrement masochiste pour creuser jusqu’au fond du fond afin de savoir ce qui pousse un auteur (et  sa maison d’édition) jusque là. Ma nature curieuse peut à l’occasion me rendre cynique, donc, si l’auteure ou son entourage passe par ici, qu’ils sachent que je n’ai rien contre eux à titre personnel et que ce qui suit est une simple observation suite à la lecture de son ouvrage. Mais pas que.

Tout ça pour dire que je ne connaissais pas les Éditions Baudelaire et Meghane Vezzaro. Et que j’aurai pu m’en passer même s’il est intéressant de lire un premier roman.

Saga Hunters, une urban fantasy qui aurait pu être une bombe si l’auteure ne s’était pas prise pour Balzac. Pour une fois, je commence ma chronique en parlant du style, que je n’ai pas apprécié. Balzac faisait des descriptions à rallonge tant pour restituer l’atmosphère de ses livres que parce que pour lui, être publié longtemps (sous forme d’épisodes) était une question de survie. Vezzaro décrit pour remplir les vides. et le fait de façon lourde et maladroite. L’action semble se dérouler au 19ème siècle alors qu’elle a lieu dans les années 1990, une époque pas si lointaine (ou alors je suis vraiment vieille). Elle prend donc un temps fou à décrire non seulement le moindre motif de tapisserie de la maison de l’héroïne, mais aussi la moindre action des personnages ! Ce qui est charmant deux pages devient vite un supplice et j’ai rapidement sauté des paragraphes entiers pour progresser dans l’action. D’autant que l’auteure ne semble pas maîtriser le vocabulaire très recherché qu’elle utilise  et que j’ai moi-même du ressortir mon dictionnaire (alacrité ? Désolée, moi pas comprendre. Allégresse oui éventuellement). Le langage employé n’est donc pas crédible. A trois ans, Carlie s’exprime comme une enfant de 8-10 ans du siècle des lumières. Ça choque et ça ne s’améliore pas quand les personnages grandissent. Mais nous y reviendrons.

Les personnages justement sont… parfaits. Beaux, irréels, immaculés, gracieux. Il n’y a pas de superlatifs assez forts dans ce livre pour les décrire et l’auteure en abuse. On croirait des anges de la Chapelle Sixtine en chair et en os. Ça c’est pour le physique, quasi sans défaut à part les blessures qu’ils pourraient se faire dans l’histoire. Psychologiquement, ils sont totalement en décalage avec leur âge supposé : Carlie, encore elle (bah oui c’est l’héroïne) a 12-13 ans quand on la retrouve mais elle se comporte comme une fille de 15. Ce décalage est-il du à sa précocité ? Je ne pense pas. Tous les personnages ont des réactions qui font plus penser à des sautes d’humeur qu’à un véritable caractère affirmé : ils se mettent en colère par exemple, mais ne « redescendent » jamais ensuite. Pour Carlie et Seth c’est pire car ils sont carrément imbus d’eux-même parce qu’ils se savent différents et investis d’une mission. Difficile de s’attacher à eux dans ces conditions.

L’habitude qu’à l’auteure de désigner ses personnages par leur particularité est agaçante, et limité péjorative pour eux. « L’hybride », « le (la) rebelle », « la sang-mêlée » reviennent tellement souvent qu’on oublie qu’on a affaire à des garçons et des filles, même s’ils ne sont pas tous humains. Voire qu’ils ont un nom, Carlie, ou Seth pour son désagréable, inutilement arrogant et insipide compagnon masculin. C’est plutôt une chose qu’on voit en fanfic.

L’intrigue était le point fort de ce récit mais elle aussi s’est perdue en route. De la volonté de l’auteure de faire des vampires et des garous des êtres issus de la théorie de l’évolution de Darwin (mutation des gènes suite à une maladie à l’époque préhistorique, adaptation, évolution au fil des siècles) ne reste qu’un long monologue indigeste sur les clans vampiriques et leur naissance et… rien pour les loups. Sérieusement, pas la peine de me promettre que trois races seront réunies si on en zappe déjà une parce qu’on à pas d’informations dessus. Surtout quand ce manque d’infus vient des Hunters eux-mêmes, LE groupe qui les chasse depuis des générations ! J’ai du mal à croire qu’ils ne sachent rien des lycanthropes. A moins qu’ils ne soient trop obsédés par les vampires. Ou que l’auteure a oublié.

Si je voulais chipoter, je dirai que même le titre Saga Hunters est sujet à débat. Déjà que je suis réservée sur les livres se targuant d’être des sagas (Twilight m’a vaccinée, je l’avoue), je ne trouve pas ce titre grammaticalement correct. Hunters désignant un groupe d’individus et non un nom propre (ou un phénomène lié au soleil), ça me parait bizarre. J’aurai plutôt mis la Saga des Hunters ou A Hunters’ Saga (tant qu’à faire). Ou juste Hunters.

En fait, tout n’est pas à jeter dans ce livre. La couverture est très belle et a beaucoup plue lorsque je l’ai montrée lors d’un C’est lundi. J’avoue qu’elle a été bien travaillée et donne une bonne impression.

En soit, donc, Saga hunters est décevant. L’histoire a disparu et ne tient pas les promesses de la quatrième de couverture purgé de ses descriptions plombantes et avec des personnages et un vocabulaire plus adapté aux années 2000, il aurait fait une excellente nouvelle d’une cinquantaine de pages ou mieux, une base pour un bon roman. Là je n’ai rien trouvé qui pourrait lui rendre grâce et ce n’est certainement pas ce que j’ai trouvé en fouillant autour du livre qui va me faire changer d’avis.

Entourage et ego-contrariété

Ce livre recelait de bonnes idées. Mais il est évident qu’il n’a pas bénéficié du travail éditorial qu’il méritait. La faute sans aucun doute aux Editions Baudelaire dans la politique est la publication à compte d’auteur. Pour faire simple, l’auteur paie tout et l’éditeur lui prête son nom. Pour faire court, c’est de l’escroquerie, comme me l’ont confirmés tous les auteurs à qui j’ai posé la question. Entre 2.000 et 5.000 euros la prestation, alors qu’il n’y a pas de travail de correction même le plus basique pour retirer les coquilles et revoir les tournures de phrases, je n’ai pas de mal à le croire.

Par un fait étrange, j’ai eu besoin de me rassurer, et j’ai cherché sur le net des personnes susceptibles de l’avoir lu avant moi, afin de me conforter dans mon opinion, ou au contraire, me contredire et m’obliger à porter un autre regard sur ce livre. J’ai trouvé une chronique sur le blog de True Blood Addict qui va plutôt dans mon sens. Le site communautaire Booknode comporte aussi des avis plus contrastés. Mais rien qui me fasse admettre que ce livre a été pleinement apprécié. Ce qui est intéressant ici n’est pas tant le contenu des commentaires que de savoir qui les a fait… Le fait que l’auteure soit d’origine corse va avoir de l’importance pour la suite car :

  •  Sur Booknode, c’est Ajaccio2a qui a recommandé à Puce77 la lecture du livre
  • Sur Amazon, le livre est noté 3.5 étoiles, avec trois commentaires. L’un d’entre eux est négatif (on le retrouve d’ailleurs surs Booknode) et l’autre, rédigé par une certaine aquacorsica
  • Sur True Blood Addict, Ajaccio2a encore, se fend d’une contre-critique en règle.
  • Sur Babelio, aquacprrsica toujours, donne son avis.

J’ai du mal à croire que deux personnes avec des pseudos en rapport avec l’île de Beauté ne soient pas des connaissances de l’auteure décidées à défendre et promouvoir son livre. Mais je vais laisser à Meghane Vezarro le bénéfice du doute en n’affirmant pas que c’est elle-même qui agit de la sorte. Juste parce que  j’ai trouvé des forums où elle faisait elle-même sa  pub (là). Il n’empêche  c’est un rien maladroit, et je ne suis pas sûre que cela sert le livre. Surtout qu’internet a de la mémoire, j’ai pu le constater. Même lorsque vous modifiez un commentaire, son ancienne version reste quelques temps dans les limbes de Google.

« Wesh belle gosse viens là que jte barbak la jugulaire ! »

Une phrase d’aquacorsica m’avait choquée, dans laquelle elle disait qu’elle aimait le style d’écriture de Saga Hunters, parce qu’il s’opposait au style « trop simpliste » des autres livres du même genre « trop proche du parler de la rue ».

Mais quelques jours plus tard, la même recherche vers Amazon.fr me mène vers un résultat différent, signe que le commentaire a été modifié, sans doute pour paraître moins… provoquant.

Effrayant n’est ce pas ?

En passant, Stephenie Meyer (Twilight), Alison Noel (Eternels, Radiance), ou Claudia Gray (Evernight) seront ravies de savoir qu’elles ont un style d’écriture « urbain et formaté ». Plus sérieusement, notre commentatrice corse aurait sans doute du réfléchir que si Meyer, Noel ou Gray vendent si bien, c’est que leur style d’écriture n’est pas étranger à leur succès, qu’on aime ou pas. De plus, je serai curieuse de savoir ce qu’est le « style de la rue » : celui des cités ? Du Quartier latin ? Des marchés ? Ou simplement, le langage utilisé par le commun des mortels ? Evidemment, l’auteure a tout à fait le droit (et même le devoir) de se démarquer de la concurrence… tout en restant accessible et compréhensible.

 Dernier point : dans une interview donnée à La chaîne Marseille, une télévision locale, l’auteure affirme avoir commencé son livre à l’âge de 13 ans, et complète en disant qu’elle l’a entamé avant la sortie de Twilight, à l’époque où les vampires n’étaient pas encore à la mode. Meghane Vezzaro en a aujourd’hui 18 et surfe sur la vague. Cependant, à en croire la chronologie des évènements telle qu’elle la livre, la genèse de Saga Hunters et la sortie française du Fascination de Stephenie Meyer ne sont pas si éloignées… sans compter que la série Vampires, rebaptisée Journal d’un vampire de L.J. Smith était sortie depuis un moment. Influence ?

Mes observations s’arrêteront sur ces derniers mots : tel qu’il est, à mes yeux, Saga Hunters n’aurait pas du être publié. Jamais. Mais il comporte de bonnes idées qui le rendent intéressant. L’auteure a l’ambition d’en faire une tétralogie et c’est bien, mais je doute que ce projet voit le jour sauf à changer de maison et à prendre le temps, la patience, la persévérance et l’humilité.

Le site Officiel de Meghane Vezzaro

Le site des éditions Baudelaire

Les avis et chroniques sur les sites Amazon, Babelio, Booknode, True Blood Addict

Pour faire court : C’est compliqué et confus

Pour qui ? C’est compliqué et confus

Si je veux la suite ? C’est compliqué et… non.

 ★☆☆☆☆ 

Saga Hunters. Tome 1 : nouvel espoir

Urban fantasy de Meghane Vezzaro

Editions Baudelaire 2011

 220 p. / 18.50 €

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