[Fantastique] La peau des rêves. Tome 1 : nuit tatouée

  

Najima, une gitane, est la prisonnière d’un clan qui compte l’utiliser comme monnaie d’échange. Mais sa véritable identité risque d’être dévoilée et dans ce cas, elle sera exécutée. Pour retarder cet instant, elle utilise les tatouages magiques dessinés sur son corps pour raconter une histoire. Celle de Cléo, une jeune fille de  15 ans vivant avec le clan du Passage dans un ancien théâtre depuis longtemps détruit. Dans un monde dangereux et impitoyable, elle va faire une rencontre qui va bouleverser ses croyances.

Dure Apocalypse

Comme souvent, c’est la couverture qui m’a attirée, je la trouve superbe et assez mystérieuse avec ce regard pénétrant et ses couleurs. De plus, je ne connaissais pas bien les éditions de l’Archipel dont j’ignorais l’existence de la collection jeunesse. Et en particulier les romans de la collection Galapagos. Wah ça donne envie de voyager ça…

Un petit tour après l’apocalypse, ça vous tente ? Parce que c’est ce que vous propose la Peau du rêve dont l’action se passe dans un Paris dévasté. Et ça fait peur, et cette peur là est bonne et très prenante. On est plongé dans un monde qu’on à du mal à appréhender au début. Quelque chose de grave s’est passé mais on ignore quoi. Najima, la prisonnière aux tatouages raconte qu’après le grand Cataclysme; les humains survivent en clans qui luttent contre les Chimères, des êtres ayant subi des mutations (souvent des croisements entre humains et animaux).  Il y a aussi les Dégénérés, des cannibales qui attaquent tout ce qui bouge (ou pas) et Ceux-d’en-dessous, des créatures monstrueuses. Chaque groupe se déteste et s’arrange pour éliminer un maximum de ses adversaires. Le décor est planté et l’auteure fait rapidement comprendre que survivre ici est un combat de tous les instants. Le Clan du passage, dirigé par Marcus est la parfaite incarnation de cet état d’esprit : défendre le territoire, obtenir la nourriture et les biens nécessaire, tuer les opposants. Un comportement presque animal, instinctif, un « cadre » dans lequel Cléo n’entre pas tout à fait.

Cléo est un personnage intéressant, tiraillé entre le besoin d’être acceptée par sa famille d’adoption et l’envie de comprendre ses origines. Son intérêt pour les reliques du passé qu’elle trouve de temps en temps et sa volonté de vivre contrebalance une naïveté vis à vis de son entourage assez étonnante étant donné le monde dans lequel elle vit. Paradoxalement, c’est l’éducation guerrière qu’elle a reçu qui va lui faire ouvrir les yeux sur l’absurdité de son monde. Lors d’un raid, elle croise une Chimère, une fille qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau au point de porter le même tatouage qu’elle. Dés lors, Cléo va faire des cauchemars et n’aura plus qu’un seul but : retrouver cette fille pour comprendre ce qu’on lui a caché.

Les personnes qui entourent Cléo sont d’une hypocrisie ou d’une possessivité franchement agaçante. Tybalt, le compagnon de l’héroïne me donne des boutons par son comportement macho et Tina, la demi soeur, est l’incarnation même de la jalousie et de la mesquinerie mal placées. Pas étonnant que Cléo ait envie d’aller voir ailleurs. Sans doute une volonté de l’auteure qui montre ainsi que si ce monde est cruel, ce n’est pas qu’à cause des conditions de vie à l’extérieur.

Le texte est agrémenté de passages de pièces de théâtre appartenant au répertoire classique. Cyrano de Bergerac, Otello, entre autres. C’est à la fois agréable et un rien dérangeant car on sent le besoin de maîtriser le sujet de ces pièces parfois difficiles afin de mieux comprendre l’histoire de Charlotte Bousquet. L’auteure a un style d’écriture incisif, qui rend le récit constamment haletant et sous tension. Les moments de détente sont rares et quand ils existent, sont bienvenus et retranscrits avec une grande sensibilité.

La peau des rêve est une lecture prenante, mais très sombre que je ne mettrais pas entre toutes les mains car certains passages sont vraiment durs et dérangeants. Cependant, il se lit vite, et, grâce au fait que l’histoire de Cléo soit racontée par Najima, laisse un effet Mille et une nuits plaisant. On veut connaitre la suite de leurs histoires.

Pour faire court : Un peu d’espor dans ce monde de brutes

Pour qui ? adolescents à partir de 15 ans

Si je veux la suite ? Shéhérazade, raconte moi une histoire !

 ★★★½☆ 

La peau des rêves. Tome 1 : nuit tatoué

Charlotte Bousquet

L’archipel (Galapagos) 2011

280 p. / 14.50 €

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